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13/02/2013

l'oeil & la plume : Sadik parking

sadik parking 2005.jpg

texte de fanny sheper                                                                         sur  ''parking désert'' photo de jlmi    2005

 

 

J’aime faire galoper les jolies jambes flippées

Agripper les belles seules et parfumées.

Impersonnel et mal éclairé

C’est un lieu parfait pour prendre son pied,

Pour faire toutes sortes de méfaits

Tu y descendras un soir ou dans la journée

Il fait toujours nuit en bas. 

Tu commenceras par les escaliers tagués

Qui t’éloignent du bruit de la vie.

Les marches à crachats

Les couloirs coloscopiques bleus, ciels sales,

Te rendront plus inquiète et sucrée,

Ils te rendront antilope effarouchée

Et moi, je me pourlécherai.

Ma belle, ma dulcinée

Tu pressentiras quelque chose

Comme un souffle glacé

Une odeur d’assaillant

Qui voudrait bien flirter.

Alors ton pas se pressera

Sans courir, parce que

Tu veux pas paniquer

Puis tu te retourneras juste pour vérifier

Geste fatal t’aurait dit Orphée

L’épouvante va s’incruster entre tes côtes

Et ton corps va à la fois s’accélérer et se paralyser

C’est le moment que je préfère, le plus craquant

Je te laisserai trotter jusqu’ à ta voiture

Avec tes cuisses tremblantes

 Pour que tu te sentes presque sauvé. 

Je te materai enfoncer la clef

Et t’emmêler dans ton sac. 

Je te sentirai transpirer froid,

Suffoquer au bord de la rupture. 

Lorsque tu démarreras enfin, je serais déjà là.

Oh ma belle, ma terrifiée

Je t’ai déjà violé mainte et mainte fois

Et je vis en toi depuis le début. 

C’est toi qui me nourris.

 Alors, je te laisserai partir

Parce que je ne suis pas un tueur,

Je ne suis même pas un violeur

 

Je suis juste ta peur.



11/02/2013

l'oeil & la plume : histoire sans paroles

 «  Je te présente une peinture de Popofe Dumont, peintre habitant Bruxelles, nous avons un temps croisé, elle ses pinceaux, et moi mes mots. J’écrivais un poème et elle peignait ce qu’elle en voyait. »
                                                                                                                                      bruno toméra

popofe 02.jpg


le dialogue silencieux

 

Tes doigts joints

ces fêlures de faïence,

la paume de tes mains

ce minuscule bol,

semble retenir des paroles

comme on retient l’eau fraîche

au jeu des rites enfantins.

Ta peau de tendre pêche

en a gravé des sortilèges

dans le carnet de santé du quotidien.

Ta peau que parfois tu abandonnes

pour ne laisser aucune trace

de ton ubiquité et ta chair saigne

des griffures du passé,

rien vraiment ne s’efface.

Le temps est sans gêne

à se confondre à l’intemporalité.

Ce matin dans cet hôpital

où l’espace est enfermé,

par delà la fenêtre, ton regard

tendait le pouce sur cette route nationale

qui déroule ses normalités,

je me suis assis près de ton errance

copilote de ton attelage du silence.

Le psy avec le sourire pressé de celui qui s’en fout

m’a poussé vers la sortie

où plutôt vers l’entrée

du monde malveillant des méchancetés.

Chez nous, il manque la moitié de notre vie,

la maison est peinte de léthargie.

Le chat ne fait plus sa tête de vieux chien,

pour ton retour il fignole des miaulements,

le moineau que tu as soigné

et baptisé «  clown du vent « 

vient tous les jours aux miettes de pain

et te croyant oiseau migrateur,

te réclame en pépiements chineurs,

il n’est pas tout à fait lui même.

Mais qui l’est ?


plus sur Paulette Dumont



07/02/2013

l'oeil & la plume : le Maître

Hokusai - daruma grd.jpg

texte de werner lambersy                                                                  encre de Hokusai   '' Daruma''

 

1.

 

Il voulait voir le maître.

Aussitôt reçu, il  demanda : qu’est-ce que Dieu ?

D’un doigt sur le bouton électrique, le maître plongea la pièce dans l’obscurité.

Le jeune homme reprit : il faut donc y renoncer ? 

Le maître d’un geste identique ralluma ; ses yeux souriaient  avec bonté.

 

2.

 

Maître, qu’est-ce que la mort ?

Quoi ? Dit le maître.

Et le jeune homme répéta : qu’est-ce que la mort ?

Quoi ?

Maître, qu’est-ce que la mort ?

Quoi ?

Et le jeune homme se leva tandis que le maître prenait sa canne pour sortir.

 

3.

 

Maître, qu’est-ce que la pensée ?

D’une main vive le maître attrapa une mouche qui passait par là.

Maître, dit le jeune homme déçu : mais ce n’est qu’une mouche !

Le maître ouvrit la main pour qu’elle s’envole à l’air libre où tout peut arriver.

 

4.

 

Une jeune et jolie femme se plaça devant le maître

Maître, qu’est-ce que l’amour ?

Le maître ouvrit la bouche, comme pour répondre, puis il poussa un cri terrible et se

tint silencieux en riant doucement.

La jeune femme, trouvant sans doute la réponse satisfaisante, sourit à son tour et

se leva sans un mot.


versets 1 à 4 de ‘’on ne peut pas dépenser des centimes’’     inédit de werner lambersy

plus de versets ici  

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