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22/01/2014

l'oeil & la plume : un requiem allemand, 1986 ou la nuit de la méduse

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texte de werner lambersy                                                                               collage  jlmi  2014
 

podcast

 Requiem allemand de Brahms : 6 ème mouvement "Denn wir haben hie keine bleibende Statt" extrait

 

Depuis des années, un requiem allemand me poursuit, me hante, par son déploiement d’ailes au-dessus de la clameur, comme les gouffres, le précipice, suivent celui  qu’ils savent sujet au vertige ! Le souffle ténébreux, l’essor de son ample partition, m’élève aux horizons vides sans pensée, consolation ni promesses ! Mais pas les psaumes, le régiment des chœurs, les poupées peintes de nos paniques, ce camouflage verbalisé de notre honte et l‘hymne insomniaque, dont nous abreuvons le silence d’un dieu, mis en scène par l’espérance, notre faute la plus grande, après l’illusion puérile de durer et l’abandon de notre liberté !

 

« Un requiem humain » disait Brahms ! Et jamais depuis, l’homme n’a mieux montré jusqu’où pouvait aller, sans fin, l’horreur collective de détruire, où notre hubris fait basculer l’harmonie du monde dans un tohu-bohu criminel par sa constante cruauté et la féroce gloire de se vautrer dans l’or ! La solution finale ne fait peur à personne, même si l’on sait que l’énergie noire dévorera la matière sombre jusqu’à l’extinction totale des soleils.

 

Il fait froid, et déjà sombre, ce soir de févier 1986, quand je me présente devant les grilles cadenassées de la villa où se tint en 42 la conférence de Wannsee ; depuis la gare, d’où je suis venu à pied, la neige a effacé mes pas ; je suis seul, dans un quartier bourgeois aux volets clos, où les chiens aboient comme hurlent des loups. Mon père, quarante ans plus tôt, invité lui aussi, roulait dans une berline officielle ; on salua militairement sa visite ; le Litterarische Colloquium Berlin m’attend demain pour une lecture traduite et publiée par Hitzerroth verlag de Quoique mon cœur en gronde ;personne n’est venu à ma rencontre…

 

Maintenant, Il fait presque nuit. On ne voit pas le lac ; on le sent proche. On imagine, sur le miroir éteint de l’eau noire, la lente, la légère, l’enveloppante avalanche oblique des flocons, traversée par les derniers hérons cendrés…Le Japon venait d’entrer en guerre ! On avait trouvé un piano à queue intact dans les faubourgs en ruines de l’hiver russe ; dans le désert cyrénaïque, des cornemuseurs en kilt, tête nue devant les troupes, couvraient les mitrailleuses, comme des oies sauvages qui à grands cris retournent au pays. On respirait mal dans l’U-boot en plongée sous les mines ! On respire mal dans la mémoire ! On meurt sur les mines du Mur.

 

Ne comptez pas sur les passants ! Les plus jeunes ignorent, les plus vieux préfèrent se taire ; entre les deux, ils ne descendront pas de voiture ; quelques femmes dont mon accent allumera les yeux, peut-être, plus tard…Mais leur demander un hôtel me semble impossible ; pourtant mes souliers de ville sont trempés, mon sac est lourd et j’aimerais dormir. On dit qu’au soir de la conférence Heydrich se permit un verre de cognac en compagnie des invités et que, de la terrasse, la vue sur les jardins et le vol des grands cygnes au-dessus du Wannsee était superbes. Il n’aurait pas été étonnant, qu’émus par l’alcool et le sentiment d’une victoire, ils chantent en chœur le Horst-Wessel lied ou Alte Kamarade.

 

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15/01/2014

l'oeil & la plume : intérieur zones

 
 un texte de denis heudré
 

13/01/2014

l’oeil & la plume : Rêve-Ô-lution

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texte de cathy garcia                                                                                                                     collage  jlmi  2014
 

Rêve-ô-lution

Aux feux aux drapeaux aux barricades de sable

Au vermeil du nectar répandu sous les tables

Aux enfants qui tombent pour l’amour d’une idée

 

Rêve-ô-lution

Aux discours exaltés aux masses soulevées

Au courage de ceux que tu hisses au pinacle

À la splendeur et la grandeur du défilé

 

Rêve-ô-lution

Qu’ils ne trahiront pas les leurs les tiens

Que gloire gain pouvoir

N’auront pour eux ni saveur ni attrait

 

Rêve-ô-lution

Que les enfants des disparus sous les bombes la mitraille

Sous les tanks sous les pierres tèteront le sein de ta gloire

Salueront l’arbitraire avec leurs morts piqués

Sur le cœur comme des médailles

 

Rêve-ô-lution

Que ta chanson ne soit jamais corrompue détournée

Rachetée revendue rêve ô rêve

Que les hommes n’y préfèrent

L’air mielleux de la lâcheté

 

Rêve-ô-lution

Que tous ceux qui transiteront par tes tribunaux

Y reconnaîtront une justice incorruptible

Hissée à la hauteur d’idéaux dont jamais

Tu n’aurais à rougir

 

Que la simple évocation de ton nom fasse éclore

La grande vérité cette épine à tous les fronts

Que certains s’empresseront

De nommer couronne

 

Rêve-ô-lution

Au nom du peuple

Rêve et amuse la cour

Chante-ô-lution

Et trinquons à nos rêves

De joyeux bouffons


extrait de Pandémonium  II