Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

24/02/2017

l'oeil & la plume... au comptoir du troquet de la gare

Myriam OHsmall.jpg
 texte de myriam ould hamouda     ill. jlmi  2017

 

 

les soirs où la vie manque de poésie
où la nuit n'est même pas encore tombée
que tous les songes sont gris
sous la lune déjà pleine il y a des types vidés
dont les épaules plient à force de porter
la misère d'un monde
qui les a oubliés, disent-ils
il y a des types vidés qui traînent au bord
de ce jour qui n'en finit pas
au comptoir du troquet de la gare.
ils ont les mains qui tremblent et le visage marqué
par les mauvais coups d'une existence
qui n'aurait jamais dû être la leur, disent-ils
eux, ils rêvaient d'autre chose
mais l'éclat de leurs yeux est passé
avec ce temps qu'ils ne rattraperont plus
eux, ils rêvaient d'autre chose
ils ne se souviennent plus vraiment de quoi
mais certainement pas
du comptoir du troquet de la gare.
ils ont le front plissé et le regard absent
des chercheurs qui s'échinent
à veiller tard pour trouver ce qui leur échappe
et les yeux dans leur bière
ils cherchent
la poésie qui manque à leur vie
à repousser ce moment où il faudra bien
affronter le noir et le froid
alors en attendant ils se réchauffent un peu
au comptoir du troquet de la gare.
les soirs où la vie manque de poésie
parfois je croise le regard d'un de ces types-là
qui semblent jouer avec la lune
à qui sera le plus plein
un regard qui s'assoit sur les règles de bienséance
qui éructe comme ça
"et toi, qu'est-ce que tu fous là?"
alors je m'avachis
comme la nuit tombe enfin
sur le comptoir du troquet de la gare.
(et je rêve de Prévert)

 

publié dans Nouveaux Délits n°56

 

23/02/2017

l'oeil & la plume... des gouttelettes de vie dans ma main pleine de morve

 

BT licenciementneg.jpg
texte bruno toméra     ill. jlmi  2017

 

  

  Je marche à ses cotés
  Elle tient contre son coeur
  Contre sa blouse tachée de terre
  Une lettre chiffonnée
  On dirait un clown avec ses pompes de sécurité
  Elle pleure ça lui fait un nez en compote
  C'est tout mélangé
  Elle pleure, elle ne sait plus qui elle est
  Elle ne veut plus savoir qui elle est
  Elle trébuche sur elle même
  Elle s'effondre sur son ombre
  Elle s'abat contre mon ombre
  On se regarde dans ce miroir inversé
  Et puis les mots l'apaisent
  Et puis les mots la grandissent
  Et puis les mots la soulèvent
  Elle a le visage badigeonné
  On a pas de mouchoir
  Je prends la lettre de licenciement
  Et lui essuie le nez et lui dis
  Mouche toi et crache là dedans
  C'est tout ce que ça vaut.

 

22/02/2017

l'oeil & la plume... juste un peu de poussière ?

Cathy Garcia  Limbes  2016.jpg
texte & illustration cathy garcia

 

 

 

Les mouches fermières ronronnent sur la peau de lait. Déguisé en mendiant, un bleuet part en fumée. Sur les toits, une pie s’effarouche et dans les herbes hautes, les cailles s’endorment en rêvant à des nids sur la lune. Une guêpe allumée dessine des jarretelles sur les pattes d’une musaraigne. Les laitues sont aux champs, les biches aux abois. Les murmures pourrissent sur des chemins d’épines.

 

Aux portes de la ville, valse de muses infécondes. Cantiques de murailles à faire froid dans le dos. La langue râpeuse de l’étranger, sa langue hachée, servie juste trop cuite à ceux qui pensaient pouvoir l’avaler. Des gorgones, des maux de têtes apparaissent les soirs de grand vent. Ces soirs où les passants passent comme des mortes-feuilles, où les enfants s’accrochent aux lampadaires qui urinent sans façon sur des chiens vêtus de noir.

 

Dans les jardins publics, qu’il vente ou qu’il pleuve, les mantes non religieuses sucent des fourmis à miel. Cela offusque et excite les vieilles coquettes, chapeau, gants, eau de violette. Diamants concassés dans leurs regards éteints.

 

Oui, juste un peu de poussière.

 

2000