02/07/2014

clin d'oeil

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30/06/2014

l'oeil & la plume : l'Île

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texte de murièle modély                                                                                                              collage  jlmi  2014
 

 

 

Tu as beau peindre ta bouche, tes yeux, tes lèvres
un jour, ça ne tient plus

sous les piétinements, le vacarme dans la rue
tu entends

le mouvement des plaques et les fissures
les raz-de-marée, les déchirures

dans le miroir de poche que tu sors de ton sac
tu vois sous ton cou brun

la terre gronder, la peau se fendre
le bourrelet de chair poindre entre tes deux seins

cela fait des années que tu retiens au fond
les morts, les vivants


Et là          
au milieu de la rue
fardée et maquillée
petite outre trop pleine
tu regardes

dans l’éclatement du derme
l’île


/


Tu as
quarante ans
un mari
deux enfants

une gentille famille
sur la ride profonde
qui enfonce sa fourche
dans ta poitrine nue

celle de ta mère
celle de ta grand-mère
penchées sur ton épaule
tu ne sais pas pourquoi
tu remplis leur assiette de riz
ton mari, tes enfants
baignent dans l’odeur d’ail

ils débordent ta peau
tu ne sais pas pourquoi
tu dessines des îles
du doigt
dans un verre d’eau

 ta mère, ta grand-mère
sur la pointe des flots


/


Dans le reflet
les auréoles
les ridules
les fentes
transpercent
te percent
à jour
à vif
à temps

tu te grattes jusqu’au sang
l’océan te démange
ta peau est un volcan
tu crépites, vomis
tes morts, tes vivants


/


A l’horizon
les enfants flottent
leur ballet de méduses
leurs cheveux emmêlés
sur l’os de l’asphalte

Dans le miroir le cœur
les premières secousses
ton enfance qui meurt
sur le dos de ta main

Sur ta peau
hier
demain
presque rien


(2012)

 

29/06/2014

l'oeil & la plume : à la tienne ! mon vieux

à la tienne recadrcontrast2.jpg
texte de bruno toméra                                                                                                                  collage  jlmi  2014
 

 

 

On n’en finit pas de blesser

ses doigts sur les arêtes acérées du stylo.

On sue en s’arrachant de son crâne des

caillasses de gros sentiments, des rochers

de lieux communs. Puis doucement la lime

fignole les mots, les phrases ; on a secoué

le tamis pour récupérer des poussières

d’instants. On est joyeux, le voilà enfin ce

maudit texte de mes deux, peaufiner,

bichonner, c’est le plus beau...Y a pas à

dire... On y a mis quoi, là dedans, Un

fouillis de soi ; des restes de bonheur ; des

souvenirs de poivrots ; des ballades avec

des ombres qui, parfois, nous tiennent la

main ; les bizarreries du monde que l’on a

cru bouffer, un jour, il y a longtemps. On

s’en remet jamais de cette naissance si

hasardeuse, si intelligente puisque la vie

nous pousse elle-même vers la FIN. On

s’arrange en attendant, avec les

embrouilles et les joies que l’on se

fabrique, avec d’autres qui savent sourire,

qui savent accueillir plus barjots qu’eux

mêmes. La curiosité n’est pas un vilain

défaut.

L’étonnement de l’écrit ;

toujours prêt à embarquer sur le rafiot de

la révolte et nous dans nos petits canoës

indiens pour élargir le sillage, on tachera

de pas jeter l’ancre trop tôt.

Ici, au dehors, les oiseaux

piaillent, un vrai capharnaüm à piafs, ils

nous préparent des nichées d’oisillons

grelottants, affamés des rêves d’Icare.

Les chats regardent tout ça d’un

drôle d’oeil. C’est la vie...