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11/02/2013

l'oeil & la plume : histoire sans paroles

 «  Je te présente une peinture de Popofe Dumont, peintre habitant Bruxelles, nous avons un temps croisé, elle ses pinceaux, et moi mes mots. J’écrivais un poème et elle peignait ce qu’elle en voyait. »
                                                                                                                                      bruno toméra

popofe 02.jpg


le dialogue silencieux

 

Tes doigts joints

ces fêlures de faïence,

la paume de tes mains

ce minuscule bol,

semble retenir des paroles

comme on retient l’eau fraîche

au jeu des rites enfantins.

Ta peau de tendre pêche

en a gravé des sortilèges

dans le carnet de santé du quotidien.

Ta peau que parfois tu abandonnes

pour ne laisser aucune trace

de ton ubiquité et ta chair saigne

des griffures du passé,

rien vraiment ne s’efface.

Le temps est sans gêne

à se confondre à l’intemporalité.

Ce matin dans cet hôpital

où l’espace est enfermé,

par delà la fenêtre, ton regard

tendait le pouce sur cette route nationale

qui déroule ses normalités,

je me suis assis près de ton errance

copilote de ton attelage du silence.

Le psy avec le sourire pressé de celui qui s’en fout

m’a poussé vers la sortie

où plutôt vers l’entrée

du monde malveillant des méchancetés.

Chez nous, il manque la moitié de notre vie,

la maison est peinte de léthargie.

Le chat ne fait plus sa tête de vieux chien,

pour ton retour il fignole des miaulements,

le moineau que tu as soigné

et baptisé «  clown du vent « 

vient tous les jours aux miettes de pain

et te croyant oiseau migrateur,

te réclame en pépiements chineurs,

il n’est pas tout à fait lui même.

Mais qui l’est ?


plus sur Paulette Dumont



07/02/2013

l'oeil & la plume : le Maître

Hokusai - daruma grd.jpg

texte de werner lambersy                                                                  encre de Hokusai   '' Daruma''

 

1.

 

Il voulait voir le maître.

Aussitôt reçu, il  demanda : qu’est-ce que Dieu ?

D’un doigt sur le bouton électrique, le maître plongea la pièce dans l’obscurité.

Le jeune homme reprit : il faut donc y renoncer ? 

Le maître d’un geste identique ralluma ; ses yeux souriaient  avec bonté.

 

2.

 

Maître, qu’est-ce que la mort ?

Quoi ? Dit le maître.

Et le jeune homme répéta : qu’est-ce que la mort ?

Quoi ?

Maître, qu’est-ce que la mort ?

Quoi ?

Et le jeune homme se leva tandis que le maître prenait sa canne pour sortir.

 

3.

 

Maître, qu’est-ce que la pensée ?

D’une main vive le maître attrapa une mouche qui passait par là.

Maître, dit le jeune homme déçu : mais ce n’est qu’une mouche !

Le maître ouvrit la main pour qu’elle s’envole à l’air libre où tout peut arriver.

 

4.

 

Une jeune et jolie femme se plaça devant le maître

Maître, qu’est-ce que l’amour ?

Le maître ouvrit la bouche, comme pour répondre, puis il poussa un cri terrible et se

tint silencieux en riant doucement.

La jeune femme, trouvant sans doute la réponse satisfaisante, sourit à son tour et

se leva sans un mot.


versets 1 à 4 de ‘’on ne peut pas dépenser des centimes’’     inédit de werner lambersy

plus de versets ici  

plus sur Hokusai 

 

 

 

06/02/2013

l'oeil & la plume : cage à mouches

cageamouche2.jpg

texte de fanny sheper                                      illustré par jlmi  ''mouche duveteuse''   collage photo 2013



Une heure où j’étais au fond d’une nuit précieuse

J’ai suivi une mouche duveteuse. 

En fait elle ressemblait pas vraiment à une mouche

Mais elle avait l’air si gracieuse…

J’ai déroulé son fil

Jusqu’à ce que nous flottions toute les deux

Dans les airs wattés et colorés. 

Je pendouillais plus que je ne flottais,

Elle était si légère…

Elle me fit voyager et me montra

Sa cage, elle était si petite

Que nous devions chuchoter

Pour ne pas la faire éclater.

Elle me raconta son évasion,

Elle s’était faufilée entre deux flocons

Et collée à la vitre ,

Elle avait attendu le dégel

Elle était vraiment charmante ! 

Son petit rire était semblable

Au murmure d’un petit grain. 

Quand elle éternuait cela faisait

Un adorable petit cliquetis.

Elle m’a demandée

Alors je l’ai cachée bien au chaud

Elle fait de la balancelle dans mon cerveau

Et de la mandoline quand il fait beau. 

Depuis cette minuscule rencontre

Nous somme deux là-haut,

Et chaque jour, j’attends secrètement

De la retrouver dans son petit nid filé

J’attends cette heure où la nuit se fait précieuse


L’heure, de la mouche duveteuse.