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04/01/2013

l'oeil & la plume : au coeur de la forêt profonde

 

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texte de cathy garcia                                                                                                   colorisation jlmi  2012


 Mon loup d’Amazonie

à Punch   

 

Il y avait un ruisseau au fond du potager, l’Amazone, et au-delà c’était la forêt, la grande, la vraie. Et puis toi et moi, à la belle aventure.  Toi, loup berger noir et fauve et moi intrépide héroïne chaussée de caoutchouc vert.

Le pont d’allumettes franchi, nous glissions dans le lit sauvage du ru, pour remonter son cours et pister ses secrets, humer l’acidulé des...  pommes humides, le frisson phosphorescent d’étoiles grenouilles sur l’argile moussue.

Nous apprenions la langue de l’eau, entre le chuchotis des rives vierges, les périlleux méandres et l’obscur ensorcellement des racines.

Nous galopions, bondissions, entre ronces et lianes, nous enfoncions au plus profond de la mer végétale pour connaître soudain la joie ivre et farouche de se savoir enfin perdus. Quand Réel et Imaginaire tissaient le Temps du Jeu alors TOUT devenait possible !

Je m’abandonnais heureuse à cette magie du monde qui m’a tout enseigné.  Et toi beau loup fidèle sans faute toujours, à la civilisation tu me ramenais.

Civilisation dont l’entrée se situait à hauteur exacte De la première rangée de carottes du potager.

 

 

28/12/2012

l'oeil & la plume : l'ange blanc

ange blanc 2005.jpg
textes de corinne le lepvrier                                                                   photo de jlmi  2005

 

 

I

il n’y a rien entre les lattes ;

interroger loin ne contredit pas

mais presse la marche

sans corps vers

hier les ourlets de ta bouche, de tes joues, de tes yeux

ange blanchi de ton histoire

à même le plancher arrive

ton visage accoté peut-être à une araignée

II

depuis le berceau nous nous sommes lovés

nous étions des anges-

l’enfance en sa couverture en son creux

nous avons sommeillé nous avons levé les bras vers le ciel

surpris les visages épanchés nos pères nos mères

appris à les reconnaître nous avons saisi leurs mains

nous nous sommes émerveillés nous avons aimé -grain de beauté rouge-

nous nous sommes repus nous avons eu faim mal au ventre

nous avons pleuré crié nous avons vomi depuis

le berceau l’enfance -blanche n’est pas transparente-

nous écrivons nous lisons notre vie nous oublions nous avons oublié

-nous nous sommes-

depuis nous n’avons plus d’équilibre

nous ne marchons pas

tête à même le plancher

nous les hésitants à nous endormir



15/12/2012

l'oeil & la plume : écrire pourtant

 

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texte de cathy garcia                                                                                               illustration ©Banksy*


 

Je n’arrive pas à écrire quand le sang, le chaos, les cris,

Les hurlements obstruent toute pensée

Je n’arrive pas à écrire quand la honte et l’impuissance

Paralysent toute pensée

Je n’arrive pas à écrire quand tant d’autres meurent pour rien, assassinés

Palestine ou ailleurs, assassinés par le pouvoir et la cupidité

Par l’arrogance et la bêtise

Je n’arrive pas à écrire quand je regarde jouer mon enfant  

Et que je l’imagine sous des décombres

En morceaux, la tête arrachée

Je n’arrive pas à écrire quand je sais que le mensonge

Le cynisme et l’indifférence règnent en maîtres

Je n’arrive pas à écrire car les mots me paraissent vides, creux

Incapables de panser des plaies, de rebâtir des maisons

De reconstruire des vies, d’effacer les cauchemars

Destruction totale de la dignité

Rien, RIEN, ne justifie un massacre

Mais humains nous le sommes tous

Et la douleur, l’injustice appellent vengeance

Et la vengeance appelle la douleur et l’injustice

Cercle vicieux donc nous ne sortirons

que par la reconnaissance du tort infligé à autrui

le combat contre l’ignorance

Je n’arrive pas à écrire parce que l’homme est la plus bestiale des bêtes

Et la plus lumineuse aussi quand il reçoit d’on ne sait où une étincelle de sagesse

Je n’arrive pas à écrire car les mots ne réparent pas la mort

Je n’arrive pas à écrire parce que les mots peuvent aussi devenir des bombes

Que je voudrais déverser sur bien des dirigeants de ce monde

J’ai honte
J’ai honte
J’ai honte

Le nom d’Homme me fait honte.

 

(extrait de Guerre et autre gâchis - inédit)     

 

 

 *En 2008, Banksy a fondé le projet «Santa’s Ghetto» en réalisant des peintures sur le mur de Bethléem afin de redonner espoir aux habitants palestiniens. Notamment cette colombe, symbole de paix.