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20/09/2017

l'oeil & la plume... j'oublie de la regarder

la regarder.jpg
texte de gabeba baderoon courtesy biennale internationale des poètes du val-de-marne           photocollage jlmi 2013
 

La photo de ma mère à son bureau des années 50

est dans ma bourse depuis vingt ans,

le papier brunâtre se décolore,

le bord festonné s’est recourbé puis redressé.

 

Le col de sa robe est discrètement croisé.

On pourrait croire qu’on l’appelle au loin,

par l’angle que fait son cou.

 

Elle était la première de la famille à prendre

le bus de Claremont

qui monte la colline pour se rendre à l’université.

 

A un moment pendant les cours à l’école de médecine,

les étudiants noirs devaient ranger leurs affaires, se lever 

et quitter l’amphithéâtre en longeant les rangées de pupitres.

 

Derrière la porte close, lors d’une autopsie,

les étudiants noirs n’étaient pas censés voir

la peau blanche mise à nue et découpée.

 

Sous le couteau, sous la peau,

mystère de la ressemblance

 

dans un monde qui définissait comment noir et blanc

pouvaient se regarder l’un l’autre, se toucher,

ma mère regarde en arrière avec un aplomb intact.

 

Chaque fois que j’ouvre ma bourse,

elle est là, si familière que j’en oublie

de la regarder.

 

18/09/2017

l'oeil & la plume... aspiration

appetence by Amin Roshan Afshar  source 1x.com.jpg
arezu/appetence © Amin Roshan Afshar (Iran)  source http://1x.com/artist/roshanafshar
photo proposée par bruno toméra

 

Quatre versions de la même image

 

Cathy Garcia

Le pouvoir de l'imagination... Dessine-moi une clé, et les chaînes tomberont d'elle-mêmes, les entraves, les censures, les blocages, les ligatures, dessine-toi une clé mon amour, et nous nous envolerons, les chaînes deviendront des ailes à nos pieds, vifs esprits, nous visiteront la demeure des dieux que nous avions inventés...

 

 

Isabelle Le Gouic

mon oeil
par le trou de la serrure
mon oeil
dedans
oeil pour oeil
dent pour dent
mon oeil
deux dents
pas de fer
mais de papier
pour faire
forger
le plomb
mine de rien
mine de plomb
chemin déminé
au crayon
salut ! j'me taille !

 

Fanny Sheper

Les chaines autour de nos pied sont à l’intérieur de nos têtes.
Toutes les clefs de toutes les chaines se trouvent à l’intérieur.
Il n'est point besoin de pieds quand on a des ailes pour voler

 

jlmi

Suis-je moins libre que ceux qui courent de droite et de gauche dans les méandres avilissants de ce monde qu'on nous consent du bout du fric ou des religions ?

Certes, j'ai les pieds chaînés de fer, mais avec ce papier et ce crayon que l'on a m'a enfin consenti je peux laisser aller mon imagination et cette clé que j'ébauche est un leurre.

Oui, un leurre pour mes geôliers, afin qu'ils me croient astreint selon leur volonté, afin qu'ils ne sachent jamais que je suis et que je resterai toujours libre dans ma tête.

Vous spectateurs qui ne pouvez voir mon visage... Et bien sachez que je souris !

 

 

 

17/09/2017

l'oeil & la plume... un livre de Kafka à la main

dd-kafka.jpg
texte de denise desautels                                                                                                  photocollage  jlmi  2009
 

Premiers feuillets…

 

1   

Mon cri traverse l’ombre ; et le désordre

atteint la surface où quelqu’un pose 

l’oreille, indiscrètement entend le 

soulèvement de la vague : fragments de 

gestes, de rumeurs, et ma voie enfouie, 

affolée, sous les ruines. Après, je ne sais 

pas. Ne sais rien. J’imagine une histoire 

archéologique qui retrace le désir détourné, 

épuisé ; qui en provoque l’éclat. Il y aurait 

des larmes qu’on y gagnerait en 

intensité et en vertige. 

On y évoquerait la passion comme 

une excuse normale.

2

Un livre de Kafka à la main, je me jette 

dans la confusion, la répétition, 

l’évidence ; je piétine d’effroi et agite 

mon regard circulaire parce que je ne 

peux faire autrement, 

au risque de passer pour folle. 

3

Avant, je croyais aux variations infinies du 

corps, de la langue et du paysage. J’affirmais : 

une femme sans qualité ; une étrangère, 

sans enfance ni blessure. je croyais à 

l’érosion de la plainte et à ses métamorphoses ; 

je ne croyais pas à l’enfouissement des 

désastres ni à leur rejaillissement 

excessif, inopportun. 

Je ne croyais pas à l’esquive mais à l’oubli. 

4

J’interprétais mes élancements et mes 

obsessions comme un jeu d’enfant, une 

facilité naturelle à émouvoir ou à 

contaminer, une insistance qui me comblait. 

Un jeu de miroirs et de pièges, car 

j’imaginais que l’étrange séduction de 

l’étouffement s’estompait peu à peu. 

Je ne fais qu’évoquer le malentendu, et 

déjà tu pleures.