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15/10/2013

l'oeil & la plume : à la loupe tout est rituel (extrait 2)

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texte de cathy garcia                                                                                                                       collage  jlmi  2013
 
 

La chaleur a un parfum et les cigales sont hypnotiques. Le tant, le trop, la liste qui se déroule, infinie, soudain s’évapore et je me mets à désirer des choses uniques... Un apéritif légèrement amer, qui me ferait croire au luxe, avec quelques olives ou des petites choses à la saveur méditerranéenne.

Les cigales ont gagné, m’ont plongée dans un sommeil à angle droit, où les mouches, les fourmis et autres chatouilleurs me faisaient danser la Saint Guy. Réveil, proposition, évocation… Parasol et Suze méditerranée, se sont matérialisés en sirop de citron et bruit de verre brisé. J’offre mes jambes et la plante de mes pieds aux ultra-violets. L’été est là, dépouillé de tout artifice, y compris celui de l’amertume apéritive.

L’été est là, nous passons trois hivers à l’attendre et quand il est là, nous sommes bien en peine de savoir quoi en faire. Alors remontent, sournois, des souvenirs adolescents, lorsque l’été avait non seulement un sens, mais surtout un but. Le décuplement du vivre ! L’eden d’une piscine, d’une discomobile  ou d’une fête foraine, quelques glaces, quelques cacahuètes, des dents blanches, des peaux de princes hâlés, des musiques dansantes, des slips mouillés, le désir comme un fruit trop mûr, trop sucré. Le désir qui tâche et l’importance essentielle des choses futiles dont rien ni personne ne pouvaient nous détourner.


14/10/2013

l'oeil & la plume : Mettons que je n’ai rien dit

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texte de ben arès                                                                                                                        collage de jlmi  2013

 

Revenons-en à nos moutons mon boulot au bar Le Phacochère, mon quotidien authentique. Pour être plus précise, aux remontrances des licenciés en songes et ivrogneries, aux saint-frusquins, tapages et carnages des assidus petits gros zizis, aux déballages de charcuteries des maîtres de céans, aux “Taïaut, taïaut” ou les chasses aux beaux gosses que je me farcis à longueur de journées. Pas piquées des vers. Et la liste des personnages est longue. Les scènes redondantes. Entre belottes, coups de gueule et jeux de boule. Entre les déboires de Roger Lapin, Bobby Divorce, et Michel Boudin. Entre les insultes de Djamel Tientonâme, Hubert Delaglose et Raymond Toujouraison. Les chaises volent parfois haut. Au détriment des idées courtes. J’écoute distraitement en allant et venant des pauvres mots, des vanités qui ne collent pas aux piètres, aux goujats et aux faunes. Je passe l’éponge, débarrasse, ramasse les verres cassés ou les tessons des Tontons troubles. J’entends les exploits des virilités qui ne prennent pas la peine d’y introduire l’humour. J’entends des bribes de discours tournant toujours autour du même couplet la catastrophe du pays, la faute à l’imbécillité des autochtones. Confinés dans cette vision cet engrenage-là, ils clament des salades et des fromages, des cotes d’amour sur le bon dos de leur innocence. Ils ventent à sens unique l’apport des exploitants de jadis sinon le respect, qui semble aujourd’hui justifier tout leur mépris et toutes leurs arrogances. Dans le pur déni des crimes les plus infects. En passant la commande. En dissertant sur la nécessité de l’ordre la seule issue et le bon sens des anciennes corvées en leur beau pays ! Heureusement, je ne prends rien sur moi. Ça glisse et je suis bien loin d’attrapper un cancer du colon quand je les vois se morfondre ou s’alanguir à palper se faire passer une poupée gonflable et s’inventer la bonne morale bonne conduite à la place du singe. 

Mettons que je n’ai rien dit puisque le client est roi ! Mettons que je suis confuse face à ces hommes que je sers,  missionnaires de civisme et d’évolution convaincus, adjudants chefs, rois du pétrole et de chasseresses sur le qui-vive. Et je croise des yeux complices qui en savent long au sujet de ces bouffons-là, et qui me réconfortent en me faisant comprendre que tout ça n’est rien, que c’est du bruit, qu’il faut s’y faire, que c’est du bruit que font ces mots de l’espèce humaine. Et je souris avec lui, moi qui ne suis pas née de la dernière pluie...


extrait de la nouvelle "Mettons que je n’ai rien dit"  publiée dans la revue Nouveaux délits N°46.  Merci à l'auteur et à Cathy Garcia.


10/10/2013

l'oeil & la plume : à la loupe tout est rituel (extrait 1)

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texte de cathy garcia                                                                                                                      collage  jlmi  2013

 

 

Il nous faut changer de cap, lâcher du lest, faire face aux vraies peurs masquées par les fausses, les peurs conformes, les peurs induites, celles qu’il est bon d’avoir même si on ne les a pas. Il nous faut embarquer vers l’inconnu, sans rives, sans repère. Ne rien projeter, ne rien regretter, s’ouvrir à l’espace infini de l’instant, desserrer les vis, libérer, par le souffle paisible, nos viscères, admettre que l’on ne sait rien de l’amour.

Je frotte mes ailes de cigale, ventre contre terre, fesses solaires. J’ai tellement retourné les mots en tous sens, goûté leurs chairs, sucé leurs os, il y en a peu finalement qui apaisent ma faim. Je cherche l’au-delà des mots, la sensation pure, violente parfois, une pénétration totale par ce que certain nomme le divin. Un vide en moi, immense, qui provoque un appel d’air. En moi, tournoient le cosmos et toutes ses galaxies, je suis absolument et invraisemblablement creuse à l’intérieur.

Les mots fuient de toutes parts, explosent, se dispersent, se reforment. Un creuset d’énergie où je disparais, ne faisant plus qu’un avec ce vertige de l’indicible. Alors, décider ? Mais décider de quoi ? Je m’ouvre et ne peux rien décider. Seulement accueillir.