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04/01/2013

l'oeil & la plume : au coeur de la forêt profonde

 

mon loup2a.jpg
texte de cathy garcia                                                                                                   colorisation jlmi  2012


 Mon loup d’Amazonie

à Punch   

 

Il y avait un ruisseau au fond du potager, l’Amazone, et au-delà c’était la forêt, la grande, la vraie. Et puis toi et moi, à la belle aventure.  Toi, loup berger noir et fauve et moi intrépide héroïne chaussée de caoutchouc vert.

Le pont d’allumettes franchi, nous glissions dans le lit sauvage du ru, pour remonter son cours et pister ses secrets, humer l’acidulé des...  pommes humides, le frisson phosphorescent d’étoiles grenouilles sur l’argile moussue.

Nous apprenions la langue de l’eau, entre le chuchotis des rives vierges, les périlleux méandres et l’obscur ensorcellement des racines.

Nous galopions, bondissions, entre ronces et lianes, nous enfoncions au plus profond de la mer végétale pour connaître soudain la joie ivre et farouche de se savoir enfin perdus. Quand Réel et Imaginaire tissaient le Temps du Jeu alors TOUT devenait possible !

Je m’abandonnais heureuse à cette magie du monde qui m’a tout enseigné.  Et toi beau loup fidèle sans faute toujours, à la civilisation tu me ramenais.

Civilisation dont l’entrée se situait à hauteur exacte De la première rangée de carottes du potager.

 

 

30/12/2012

l'oeil & la plume : prends un siège et causons

2009prends un siège et causons.jpg
Paris, quartier du marais                                                                                                  photo jlmi 2009
 

Trois visions issues des commentaires faits suite à la mise en ligne de cette seule image le 17 novembre

 

annajouy

le petit Jesus en chaise roulante. laissez-le venir à moi, sur ses roulements à bille, son présentoir bien matelassé de vos idées et votre morale. ça fait longtemps que vous l'avez amputé de ses pas et que vous nous le servez, comme ça, comme on pousserait un cul-de -jatte, en nous en voulant à tous, d'essayer de marcher


cathy garcia

belle chemise de communiant, un diplôme de comptabilité, un avenir assuré à la capitale, il en avait rêvé du fauteuil à roulette, bleu et soyeux comme le ciel dont parlait monsieur le curé, le ciel à gagner en passant sous la soutane, la communion privée après le catéchisme, dans la sacristie sapristi, il en avait rêvé du fauteuil à roulettes dans un bureau plein de plantes vertes où on lui donnerait du "monsieur le comptable", mais faut croire que le mensonge du ciel est dur à avaler pour un petit gars sous la soutane, et à Paris, la comptabilité, ça a continué comme ça, des billets certes, gagnés vite fait dans les pissotières... on l'appelait le comptable mais on lui donnait pas du monsieur, on le prenait c'est tout, vite fait, souvent mal fait, jusqu'au jour où on l'a trouvé pendu dans une église du quartier...


murièle modély

petit poète, où as-tu disparu ?
pourquoi as-tu quitté la scène de la rue ?

qui a rompu les fils
achevés chaque soir, défaits chaque matin
sur le bord du trottoir ?

Je sais, petit poète
ton âme est faible
ton corps étique
les murs de béton
et tes doigts de coton

les tranchées sont profondes
toujours profondes et sombres.

qui les a donc creusées ?
qui s'est assis ici ?
et qui t'a regardé
jeté ?

le rebut et la terre
entière dans la fosse
tranchée

tranchés aussi les mots, petit poète
les vers grouillant dans les poils blancs
menton tremblant

petit poète, es-tu
cet homme pendu
à la fenêtre ?


28/12/2012

l'oeil & la plume : l'ange blanc

ange blanc 2005.jpg
textes de corinne le lepvrier                                                                   photo de jlmi  2005

 

 

I

il n’y a rien entre les lattes ;

interroger loin ne contredit pas

mais presse la marche

sans corps vers

hier les ourlets de ta bouche, de tes joues, de tes yeux

ange blanchi de ton histoire

à même le plancher arrive

ton visage accoté peut-être à une araignée

II

depuis le berceau nous nous sommes lovés

nous étions des anges-

l’enfance en sa couverture en son creux

nous avons sommeillé nous avons levé les bras vers le ciel

surpris les visages épanchés nos pères nos mères

appris à les reconnaître nous avons saisi leurs mains

nous nous sommes émerveillés nous avons aimé -grain de beauté rouge-

nous nous sommes repus nous avons eu faim mal au ventre

nous avons pleuré crié nous avons vomi depuis

le berceau l’enfance -blanche n’est pas transparente-

nous écrivons nous lisons notre vie nous oublions nous avons oublié

-nous nous sommes-

depuis nous n’avons plus d’équilibre

nous ne marchons pas

tête à même le plancher

nous les hésitants à nous endormir