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11/06/2013

l'oeil & la plume : il viendra

evgeniy shaman stranded with silence 2009.jpg
texte de cathy garcia                                                                           photo evgeni shaman ''stranded with silence'' 2009
 


Il y a une femme seule au fond d'un bar

Autrefois, elle était belle, les regards

S’attardaient sur elle, maintenant

La pluie bat les carreaux

 

La femme est triste

Elle noie des larmes

Dans un alcool blanc

Et contemple sans la voir

La glace qui fond

Dans son verre

 

Elle attend un inconnu vêtu de noir

Il finira bien par venir

Il la reconnaîtra c’est sûr

Il lui offrira son bras et ils iront

Se promener le long des quais

Sous le givre des réverbères

Sur les pavés scintillants

 

Ils iront tout deux, oui

Jusqu’au cœur de la nuit

Veufs et heureux.

 

cg 1999

in Théâtre d'ombres

08/06/2013

l'oeil & la plume : dans son coin...

voici les textes issus de la vision de cette image depuis le 31 mai

Zacks Linda Depression1 (2).jpg

© Linda Zacks

 

Seul, seul dans le bleu ambulance des nuits abîmées, seul sur le versant négatif de la réalité, seul et abandonné face à la neige des anciennes télés, seul le petit garçon reclus dans un coin de la mémoire, seul et tranquille, tranquille pour rêver, pour dessiner le cosmos sur sa paume, une paume d’Adam, celui qui n’avait pas maman, seulement un Père qui était aux cieux avant de devenir odieux... à moins que ce ne soit l’inverse...

cathy garcia

 

Seul... Il voulait oublier. Ne voulait plus penser. Il ne voulait plus voir. Ne voulait que la nuit. Que la nuit. Que la nuit écouter. Ne plus réfléchir. Ne voulait plus penser. Il ne voulait plus voir. Ne voulait plus voir. Seul. Il voulait oublier. Ne voulait que la nuit. Noire. Noire. Ne plus penser. Ne plus réfléchir.
Seul. Seul. Ouvrit les yeux. Juste un instant. Juste assez pour que le bleu de la réalité lui saute au visage. Bleu, bleu comme celui du miroir où toute son histoire réfléchissait.

isabelle le gouic

 

J’aime bien les nuits étoilées. C’est très beau... et ça coûte rien. Suffit d’ouvrir les yeux. Alors je suis là, assis à deux pas de la cabane où dorment mes parents et mes six frères et sœurs. On a toujours été là. Faut dire que c’est pratique pour travailler le matin. On est sur place. On perd pas de temps avant que les premiers camions arrivent on a déjà commencé à trier. Après, avec mes copains, on colle aux culs des bennes à la recherche des plus belles trouvailles, peut-être du trésor qui….
Mais là, oui, je suis assis, sur mon tas d’immondices dans une de vos décharges ‘’à ciel ouvert’’ et je regarde les étoiles… et je rêve…

jean-louis millet

04/06/2013

l'oeil & la plume : bure ne fait pas nonne

 

bure+train.jpg
texte et collage jlmi
 

Sûr que bure ne fait pas nonne !

 

Souvent quand j’suis dans la rue ou dans une gare, bien calé sur un banc et que je regarde passer les gens, - les trains, non merci - enfin surtout les femmes vous m’en voudrez pas je suis sûr, il y a une question qui me vient toujours : qu’elle est la relation entre cette femme qui passe là maintenant devant moi et ce qu’elle a mis ce matin sur son dos pour venir ici justement, même si c’est que de passage ?

Parce que c’est pas pour dire, mais y’a des spécimens… rares. Pas dans le genre « suivez moi jeune homme » ou « ras duc ». Non, non, comme ça dans le courant, l’ordinaire, si je peux le dire de cette façon.

J’étais ce matin à la gare St Lazare, mais là, c’était bien trop tôt pour que je m’installe à bader, fallait que je sois dans le Paris Rouen de 6h45, vous voyez le genre. Mais le train est un bon terrain pour observer. A l’arrêt de Vernon, toujours la même affluence pour se rendre à Rouen. Pas mal de jeunes styles lycée/fac.

J’ai fini de lire Libé depuis un bon moment et mes dossiers m’em…, alors j’ai les yeux dispos.

S’installe à quelques sièges de moi, une fille de seize ou dix-huit ans, d’allure très classique, jupe grise, corsage blanc blazer bleu marine…vous la voyez bien ? je peux continuer ? bien… et le visage au naturel, sans l’ombre du moindre maquillage, les cheveux maîtrisé par une coupe au carré d’une rigueur toute monacale. Je me dis, tiens une candidate couvent des oiseaux, ça doit pas rigoler tous les jours dans son bahut privé, quand j’vois les autres gamines autours…enfin rien de bien extraordinaire hein, juste des jeunesses de maintenant comme y’en a plein les magazines… et par voie de conséquence, les rues, sinon à quoi pourrait bien servir le marketing, j’vous demande un peu !

A peine le train reparti, après une brève recherche dans un sac en plastique publicitaire Saint James, - pas le rhum, non vous n’y êtes pas du tout, celui de « nés de la mer », les pulls marins voyons,- elle dispose sur la tablette devant elle un petit sac à main de peau mauve dont elle extrait une trousse à maquillage et une pochette de bijoux fantaisie. Et elle se lance… j’admire le travail et sa précision malgré les soubresauts du train. Tout y passe, les yeux, les joues, la bouche, puis un collier un peu lourd façon torque, en métal argenté, des boucles d’oreille marrantes de même métal…Au bout d’une dizaine de minutes la métamorphose se ponctue par la pose d’un bracelet de cheville en argent.

Les « nécessaires » – ô combien ! - devenus inutiles regagnent vite fait le sac en plastique qu’elle empoigne en se levant. Je me dis bon ben voilà c’est fini, dommage, ça avait bien démarré et j’ai commencé à gamberger… pourquoi, etc…A ce niveau là, vous aussi vous réfléchissez, c’est sûr…

Au bout de peut-être cinq minutes, oui, c’est ça, cinq minutes, une fille en jean et blouson bleus vient s’asseoir à la place de la partante. Je me dis chouette peut-être qu’il va y avoir une nouvelle tranche de vie sous peu…Les cheveux de celle-là sont décoiffés ‘’avec recherche’’. Elle a le même sac en plastique Saint James... et le même bracelet d’argent à la cheville... et…identifiée grâce à ses bijoux !!!

Je suis scié. Amusé et scié. Mon plan bahut privé tombe tout droit dans la flotte, pas grave.

Alors là, gamberge, de plus belle, pensez. Trop beau.

Alors j’imagine le père de famille un tantinet psychorigide, bossant dans les assurances à un poste de hautes responsabilités à la Défense,- avec l’autoroute, un jeu d’enfant. Oui elle est payante d’accord, mais justement ça roule - membre du Rotary…dans sa maison dix pièces de centre ville architecture XVIIIème avec un parc de dix mille mètres arboré et tout et tout … très satisfait d’expliquer à des « amis » lors d’un dîner bcbg où la conversation roule molle sur l’éducation des enfants, comment lui tient sa fille, - qui est dans sa chambre à faire ses devoirs, elle a dîné avec Manuela à l’office tout à l’heure… - contrôle sa tenue – hors de question qu’elle se déguise comme toutes ces petites grues… - surveille jusqu’à ses lectures – que les bons auteurs et pas de magazines ici… - et connaît toutes ses relations et tout et tout – elle ne sort jamais seule, son amie Charlotte-Marie vient la chercher [elle est un peu plus âgée, deux ans, ça compte à cet âge vous comprenez…] et elle rentre avant minuit, sinon -…Vous voyez le tour de table ?

Je complète avec la mère, au foyer bien sûr, qui acquiesce à tout ce que dit son mari. Pas de vague n’est-ce pas, la place n’est pas désagréable finalement. Évident : pas question qu’elle travaille. Dépendance financière totale. Contrôle ! Mais elle n’a pas à s’en plaindre, il n’est pas trop près d’son pognon. Alors pour ne pas trop s’emmerder à longueur de journée elle aide à la paroisse pour le catéchisme le mercredi bien sûr et elle est devenue une spécialiste de Monet et de Giverny qui est à quelques minutes de voiture de Vernon. Assez souvent on fait appel à elle pour guider des groupes, excellent prétexte lorsqu’elle a besoin de latitude car elle s’occupe surtout le plus souvent possible de sa prof de fitness…

Pour sa fille elle sait mais motus, sa fille sait aussi pour le sport en salle… alors statu quo !

Un peu du Chabrol, non ? Quelle marrade.

Et vous, vous imaginez quoi ?

Pour finir j’ai passé une super journée après ce coup là, croyez moi.

Si l’habit ne fait pas le moine, sûr que bure ne fait pas nonne !

Au fait, arrivés à Rouen, nous nous sommes retrouvés dans le même bus – la ligne 4 - avec la gamine. Elle allait aussi à Mont Saint-Aignan, le campus. Mais elle, c’était pas la chimie son truc, elle avait pris la direction du bâtiment des Arts & Lettres…Moi j’allais poursuivre ma tentative de pénétration des mystères de la mécanique des fluides. Mécanique, nique, nique…