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12/04/2014

l'oeil & la plume : laissez moi tranquille

Cécile Coulonmilliondollars02recadrcontrastB&Wcontrast.jpg
texte de cécile coulon                                                                                                                     collage jlmi 2014
 

Laissez les hommes quitter leurs femmes pour d'adorables jeunes filles
Laissez les femmes quitter leurs hommes pour des garçons polis
Les enfants vont grandir les douleurs les fantasmes et les hivers aussi
Laissez les clés à vos voisins laissez les chiens faire leurs besoins et les chiennes leurs petits
Laissez-les se noyer dans l'eau du bain laissez flotter vos chagrins à la surface du whisky
Les poètes sont des boxeurs qui ne savent plus sur quel pied danser laissez-les transpirer
Les romanciers sont des marathoniens qui s'épuisent avant la fin laissez-les s'abreuver
Laissez les blondes avoir d'énormes seins laissez les brunes avoir de longues jambes
Les gens qui se haïssent vous savez souvent s'assemblent
Côte à côte main dans la main pourtant nous n'avons rien à faire ensemble
Laissez les gens baiser comme des lapins laissez les gens faire l'amour comme dans les films
Laissez les gens s'enfermer se salir s'indigner
Ça n'ira pas plus loin qu'une lettre d'adieu sur le frigo dans la cuisine

Laissez l'adolescence faire rugir sa colère déplacer des montagnes et tarir les rivières
Laissez les bons élèves se rêver musiciens laissez les ouvriers se rêver magiciens
Transformer la machine en mannequin libérer la colombe étouffée dans leurs mains
Laissez les médecins tirer sur l'ambulance ouvrez les hôpitaux aux malades du coeur
Fracassés par l'absence la puissance de l'ennui le manque de chaleur
Laissez les femmes lécher d'autres femmes
Laissez les hommes sucer d'autres hommes
Qu'est-ce que ça peut vous faire l'appartement est vide et le désir s'affame
Comme une fille qui n'a plus que la peau sur les os et du sel dans ses larmes
Laissez les animaux pisser sur vos portails laissez vos descendants cracher sur vos portraits
Personne n'est obligé d'aimer la ligne du même sang la haine a ses blasons que la famille ignore
Laissez les amoureux oublier qu'ils ont aimé laissez les malheureux oublier qu'ils ont sombré
La solitude est une eau douce il fait bon s'y baigner laissez vos gosses passer la nuit dehors
Ce sera moins dangereux que le mauvais décor de vos deux corps fermés coquillages silencieux

Laissez vos chaussures dans l'entrée
Laissez vos écharpes sécher
Il pleut dans mon coeur comme sur un toit d'ardoise et le vent souffle fort
Laissez-moi profiter d'un oreiller brûlant le navire ne prend plus de passager à bord
Laissez les écrivains devenir célèbre avant leur mort laissez les écoliers sécher leurs yeux et la classe
Ils ont le droit d'avoir peur vous avez le droit de vous taire le passé est une enclume l'avenir une menace

Laissez-moi penser à vous comme si nous avions toujours eu des mains liées des bouches humides
Laissez-moi vous voir je connais votre visage les lignes de vos pommettes jusqu'à vos premières rides
Laissez-moi prendre du recul du poids de la distance
Laissez-moi prendre de l'élan du pognon de l'espace
Le talent se construit le génie se libère laissez les anonymes écarter en deux murs la surface de la terre
Inscrire à l'encre des paupières les envies de voyage de douceur de promesses mensongères
Laissez-moi tranquille mes histoires me suffisent je n'ai besoin de rien
Il pleut dans mon coeur comme sur un toit d'ardoise et j'entends de ma chambre aboyer les derniers chiens.

 

 Source cg  délit de poésie   http://delitdepoesie.hautetfort.com/

 

11/04/2014

l'oeil & la plume : des hécatombes d'enfants

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texte de werner lambersy                                                                                                            collage  jlmi  2014
 
 

On sacrifie

des hécatombes d’enfants au

Baal du profit

 

la mort fera

pencher les tournesols noircis

de nos âmes

 

vers des terres arides et dures

 

la vie préparera

le cerveau du poulpe ou du rat

 

afin qu’ils apprennent

à rire en se souvenant de nous

et de nos vies

 

 

in   comme les eaux s'agitent au plus profond d'un puits 

 

 

10/04/2014

l'oeil & la plume : complainte des mendiants de la Casbah & de la petite Yasmina tuée par son père ( fragment IV )

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texte de ismaël ait djafer  1951                                                                                                      collage jlmi  2014
 

 

 

Le froid est silencieux

Le froid ne dis rien

Il tue simplement

Il tue les gens

De mort naturelle

Surtout le froid tue les pauvres gens, qui ont une paillasse

De carton pour dormir

Et du papier d'emballage

D'emballage

D'emballage

Pour se couvrir

 

Quand il a de bon matin,

Ce sacré courant d'air glacé

Qui glace la pierre et l'emballage et l'emballé

Et qui virevolte et batifole à travers

Les arcades de la Rue dela Lyre,

Charlemagne

Et qui saute à pieds-joints

Du dormeur mâle

Au dormeur femelle

Et du dormeur enfant

Au dormeur vieillard

Et du dormeur tuberculeux

Au dormeur B.C.G.

Et ainsi de suite

Pendant 500 mètres de carton et de

Papier d'emballage

Et pendant ainsi 127 arcades

Cadavérifiées

 

Avant de mourir la petite

Yasmina

Dormait déjà

Avec son petit papa

Qui l'a assassinée

Simplement

Brusquement

Avec ce geste paternel

Et pas du tout méchant

Du paysan laborieux

Consciencieux, qui sème la petite graine de

Neuf ans

Dans le sillon

Des pneus d'un gros camion qui passe

Et qui repasse

 

Lorsque l'enfant paraît...

Patati...

Et lorsque l'enfant disparaît

Patata...

 

Charlemagne,

Tu ne sais pas.

Combien, ça peut mettre

En colère

Ces tas de trucs qui font mal au coeur

Et dont tout le monde

Se fiche

Ces asiles pour courants d'air

Ces dortoirs pour souris

Ces chienschiens aux mémères

Et ces bisness in bisness

 

Je me demande, moi

A quoi ça sert

Les barrages qui barrent

Et les routes bien tracées

Et les camions qui écrasent les petites

Yasmina de neuf ans

En roulant entre les estomacs à l'air comprimé

Et les peaux en papier d'emballage.

J'étais là, quand le

Camion l'a écrasée

Et quand le sang a giclé

 

Le sang.

 

Et alors là, je ne raconte pas...

 

Je laisse aux gens qui ont déjà vu un camion

Ecraser un bonhomme et du sang

Gicler

Le privilège de se

Rappeler

 

L'horreur

 

Et le dégoût et puis la fuite lâche

Devant un cadavre

Surtout devant le cadavre d'une

Petite fille innocente

 

Et le privilège aussi

Pour les Chrétiens le Vendredi-Saint

Pour les Musulmans le Ramadhan

Pour les Juifd le Youm-Kippour

Pour les Athées les jours de cloches sonnant à toute

Volée dans la nef déserte d'un estomac affamé

Pour les Chinois les jours de pleine lune et de

Jiu-jitsu, hara-kiri.

 

De se rappeler leurs faims

Et d'en assaisonner

Ce cadavre de petite fille

 

(d'après, Editions Bouchène, Alger, 1987. N° d'édition 001/87. Dépôt légal 1er trimestre 1987. Re-publié  par le n°10 de la revue Albatroz, Paris, janvier 1994).

 

Source   http://albatroz.blog4ever.com/ismaal-aat-djafer-complaint...