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17/06/2014

l'oeil & la plume : complainte des mendiants de la Casbah & de la petite Yasmina tuée par son père ( fragment XII fin )

casbah ismail-ait-djaferneg XIIrecadrcontrast.jpg
 texte de ismaël ait djafer  1951                                                                      collage jlmi  2014

 

 

Ce n'est pas comme cela que

J'aurai voulu te voir finir, Khouni, dans un asile de fous

 

Dégradé par un médecin psychiatre

Dégradé dans ta punition

Dégradé dans ta liberté

Dégradé dans ton acte de tueur

Qui tue de sang-froid

Une petite fille

Pour des prunes, pour des noix
pour des cacahouettes

Te voir déclarer, en tremblant et

En pleurant

Que c'est toi le tueur

Sans irresponsabilité mentale

 

Forcer l'horreur

Forcer le crime

Forcer l'Absurde

 

Contraindre l'Absurde

Soumettre l'Absurde jusqu'à l'uriner de la peur

Forcer la liberté

Ta liberté

Sans asile de fous

Où l'on mange bien, où l'on dort bien , où l'on boit bien

 

Où l'on n'est plus

Qu'un fou

Qui ne mendie pas et qui ne tue pas avec

Cette absurde liberté

Liberté absurde et consciente de sa

RESPONSABILITÉ

 

Khouni Ahmed

Couard — poltron excusable face à la guillotine

Guillotine des hommes qui font

La Justice et le Droit

Idiot

Parce que ces hommes et cette guillotine

Endossent tout

Et ta responsabilité et ton

Irresponsabilité

Et votre absurdité à tous...

 

 

Avec le sang de ta fille

Tua as acheté

pour la vie

La soupe des accusés

Et le pain des condamnés

Dans la prison chaude

De ta conscience

Etouffée

A présent que te voilà fou

Ils se sont chargés de ta lourde irresponsabilité

Mentale

Et ce n'est plus leur faute

Et ce n'est plus ta faute

Et ce n'est plus la faute de la petite Yasmina

Et ce n'est même plus la faute

De cette formidable absurdité qui se

tord de rire!...

 

Dors fragile Yasmina

Au fond du trou qu'a creusé pour toi

Le fossoyeur

Dans la terre du cimetière des petites mendiantes

de neuf ans

Dors

Depuis un an les vers ont dû se repaître

De ton corps écrasé

De ton corps délabré

Il ne doit plus rester grand chose

Même pas quelques os

Car on sait que les os des squelettes

Des petits enfants

Sont tendres

Et cartilagineux

Dors

On ne peut rien pour toi, rien

D'autre

Qu'écrire un poème triste et long

Depuis un an

L'herbe a dû pousser sur ta tombe

Personne ne vient

T'y voir

Pour y piquer une fleur

Car on ne vient pas voir

Les petites mendiantes

Seules

Ecrasées par des gros camions qui roulent

Sur les routes droites

Et grises

 

Il n'y a pas de pitié pour les canards boiteux

Dans l'immense basse-cour

De leurs appétits de

FAUVES...

 

Dans le marbre de ma colère rentrée

Laisse-moi gratter

Inlassablement

Les lettres creuses de ton épitaphe

 

«Dors, dors dors tranquillement

Les carottes sont cuites

Alea jacta est

Ramasse les billes, tu as gagné

Amen»

 

Et les enfants de Charlemagne

Devenus grand, beaux et forts

Sifflent cette fois, entre leurs dents

La chanson qu'on apprend à l'école

 

«Un macchabée c'est bien triste...

Deux macchabées c'est bien plus triste

encore».

 

 

 

 

(d'après, Editions Bouchène, Alger, 1987. N° d'édition 001/87. Dépôt légal 1er trimestre 1987. Re-publié  par le n°10 de la revue Albatroz, Paris, janvier 1994).

 Source   http://albatroz.blog4ever.com/ismaal-aat-djafer-complaint...

16/06/2014

l'oeil & la plume : sommet d'où jeter son pinceau ( fragment V )

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texte de werner lambersy                                                                                                     collage  jlmi  2014

 

 

Le fond de l’œil

N’est pas le fond de l’âme

 

Le fond de l’âme

N’est pas le fond des choses

 

Le fond des choses

C’est ce qu’on voit dehors

 

Dont le fond bleu

Ou l’azur sombre n’est pas

Le fond de l’univers

 

Mais un fond

Noir où l’œil ne sert à rien

 

 

14/06/2014

l'oeil & la plume : gare de banlieue

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texte de yvan goll                                                                                                        collage  jlmi  2014
 

 

Les trains de banlieue charrient la nuit

Comme une cargaison d'anthracite.

Ils pleurent sur leurs boggies

Mais cela ne leur sert à rien.

La pluie aussi pleure sur les hangars d'ennui.

Dans les champ désolés plus un corbeau.

Pourtant dans les salles d'attente

Les yeux brûlés par les phares d'espoir,

Aussi dociles que leurs choses

Que leur valise au hardes de bonheur

Les naufragés du jour attendent.

Qu'attendent-ils ?

De frêter un nuage ?

De grimper dans un cerisier en fleurs ?

Où simplement d'enterrer un cousin ?

 

In Sang Nouveau (4 ème année- XVII-XVIII N°1 et 2 mars/avril 1930 p.13)