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26/03/2014

l'oeil & la plume : selon le vent (fragments)

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textes & illustrations par                                                  Le Salut invérifiable d'un Idiot souterrain   2014

 

Avec ou sans nous

 

Trop de vérité sont inutilisables. Une ferveur nouvelle doit creuser nos traits : nos postures peuvent n’être plus que des tics qui grandissent, & la cendre n’est pas la norme du feu. La perfection est innocente, sans mérite ni culpabilité : il n’y a pas de destin, il n’y a aucun devoir. Il n’y a plus d’opacité à déplorere. La nécessité est indifférente mais Sa splendeur vaut la peine d’être éprouvée. Le cosmos est insondable & n’agit pas : il se transforme. Chaque chose est à sa place & peut-être n’y a-t-il rien à attendre, car tout est égal & sans double. Quant aux promesses nous connaissons leurs lendemains, & ce pas ne mène pas aux souvenirs : personne ne se soucie de nous, personne ne le doit. L’éternité est partout vivante, avec ou sans nous.

 

…/…

 

Selon le vent

 

Nous sommes ici & là, selon le vent. Nous passons, partout, selon nos manières que rien ne décrète. Des mondes se font, s’émeuvent & se défont : ils sont leur propre destination. Nous sommes sans origine, sans utilité, faisant les usages qui nous font. Des tâches sont tues, leurs effets importent. Nous les produisons par la nécessité que nous sentons. L’immense mouvement d’eau assemble des pluies, nous connaissons l’étendue que nous marchons, là où les images brûlent sans chaleur. Tout demeure & rien ne revient. Tout est simple & définitif, tout change : l’éternité est vivante.

Chaque pas est son propre lieu. C’est une solitude dont le vent fait les appuis. D’autres ont erré avant nous, parmi ces clartés que nous tairons aussi. Je La connais par cet amour humain, que le chant ne prouve pas. Tout est proche.

 

l’ancien monde s’est envolé

 

 

24/03/2014

l'oeil & la plume : pétrir le souvenir

 

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texte de Hédi Bouraoui                                                                                                               collage  jlmi   2014
 

 À la mémoire de Sony Labou Tansi

 

A ta rencontre une complicité de Baobab

Et d’Olivier fuse de nos yeux en furie

Alluvions feutrées de désert de lune et d’étoiles

Teneur fusionnelle qui vide l’angoisse du vivre

 

Timidité aspire modestie face aux rues légendaires

Ce Paris des arrogances jeté par-dessus bord

Le courant fraternel s’instaure sans haute lutte

A l’envers de toute autorité mielleuse

 

Offerte ta carte bleue de Technicien culturel

J’y vois tes drames à Brazza et à Limoges

Et plonge dans tes romans pour purifier mon sang

Idéal recherché que je propage  au Nouveau Monde

 

Aux générations casquées de certitude sans voir

La mocherie qui sévit au Village global

 

L’Afrique invitée par le Salon des prestances

Un Ministre nous sacre Citoyens Francophones

Et nous nous exclamons en chœur :

Quand passerons-nous vos frontières sans visa

Comme une lettre à la poste du simple Chimpanzé ? 

 

Au repas officiel nous te prions de louer

L’accueil royal qui torture les tripes

Le plus beau fleuron de notre continent

Tu te lèves et coupes le souffle

Aux accoutumances :

 

En Afrique je lis Balzac  je lis Flaubert

Je lis Stendhal  je lis Zola  je lis Sartre…

Je rencontre des Hommes

Je suis venu en France

Et je n’ai point rencontré d’hommes

 

Silence de marbre porté en Soleil de plénitude

Dans nos  cœurs en friche

Tu viens de sauver le Jour

Le désespoir de l’Ouragan et des caryatides

 

Tu disparais en plein voyage de langues

Ton souvenir m’accueille de sa pluie de jasmin

Laurier coupé s’impose dans le jardin familial

Et l’opprobre perd son sang de rosiers languides

 

in Livr'Errance  Ed. D'Ici et d'Ailleurs  2005

 

22/03/2014

l'oeil & la plume : épitaphe

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texte de gert vlok nel                                                    encre de isabelle le gouic 
 

 

La nuit dernière je rêvais que je revivais en 1975, la dernière année

où j’ai été heureux. Puis j’ai descendu l’escalier & je me suis

versé de l’eau dans la cuisine la maison était si tranquille.

Les meilleures années s’en sont allées. Bon, & puis j’ai rêvé qu’un

jour je vivrais aussi loin que possible de 1998.

 

L’année dernière je rêvais que je revivais dans mes

beaux mots à moi dans le plus beau des villages & que je

commençais à retrouver la santé. Puis je me suis éveillé soudain &

quelque chose n’allait pas j’étais si perdu je n’étais plus dans ma propre maison.

Les mots les plus beaux s’en sont allés. Bon, & puis

j’ai rêvé que j’allais vivre dans une langue aussi loin que possible

de l’Afrikaans.

 

Dans mon adolescence, j’ai eu une fille plus belle que

l’Afrikaans toute la nuit elle pouvait faire danser mon cœur en peine

& elle fut en quelque sorte la dernière danse de Gert. Et puis elle a rêvé

qu’elle allait vivre dans un corps aussi loin que possible du mien.

L’amour  le plus beau s’en est allé. Bon, puis j’ai rêvé que

j’étais allé vivre près de son corps aussi loin que possible du mien.

 

Quelque part j’ai rêvé que j’assistais à mes propres funérailles

& Papa était là & Maman était là & tous mes amours comme dans

mes années les plus heureuses. Mais le meilleur ce fut

que je me suis baissé vers le sol & que j’ai baisé ma propre bouche.

Les rêves les plus beaux s’en sont allés. Bon, puis j’ai rêvé

que j’allais vivre dans un rêve aussi loin que possible

d’ici & maintenant.

 

La nuit dernière j’ai rêvé que je revivais en 1975, la dernière année

où j’ai été heureux. Puis j’ai descendu l’escalier & je me suis versé

de l’eau dans la cuisine la maison était si tranquille.

Les meilleures années s’en sont allées. Bon, & puis j’ai rêvé

que j’allais vivre dans un pays aussi loin que possible de l’Afrique du Sud.

& puis j’ai rêvé que j’allais vivre dans un pays aussi

loin que possible de l’Afrique du Sud.

 

 

 

Traduction Katia Wallisky et Denis Hirson

 

dans Pas de blessure, pas d’histoire, anthologie de la poésie sud-africaine 1996-2013, Maison de la poésie Rhône-Alpes et Biennale internationale des poètes en Val de Marne, 2013