Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

16/02/2014

l’œil & la plume : Chants

Hang Phuong ou Phuong Anh00colorized07.jpg
texte de Hằng Phương                                                                                                    collage   jlmi  2013
 

Alors que les jours étaient de pluie

Et les nuit de brume

J’ai vu passer des femmes & des enfants

Des hommes & des vieillards.

Ils étaient tous là

Tout ces milliers

Tout ces millions

Tout ces grains de poussière

Oubliés, inutilisés.

 

Entends-tu ces chants venus d’un autre âge,

Si proches, si présents,

Qui parlent des humiliés de ce monde ?

 

Entends-tu ces chants, les entends-tu ?

 

10/02/2014

l'oeil & la plume : l'étonnante histoire de Skunkdog

Anton Corbijn     Patti Smith     2010.png
texte de patti smith                                                                                         photo ©Anton Corbijn   2010

 

 

Ne soyez pas surpris si la mort vient de l'intérieur...

Sept jours & six nuits le héros veilla sans pitié.
horizontalement sous le ciel. sans manger sans boire sans aimer.
après quoi en avait-il ? que cherchait-il ?
un signe ? une réponse ? une issue ? Quelque chose de neuf...

Maintenant au septième soir du septième jour le héros
ne tenait plus qu'à un fil. le manque de sommeil, de vivres
& de bras amoureux prenait sa revanche. il cessa de
regarder le ciel.

Mon beau héros. lui dont l'ardente volonté était de garder les yeux
ouverts dans l'instant échoua.
Parce que le héros avait mis à vif les nerfs du ciel. ses regards perçants
l'avaient excité. quand enfin il baissa les yeux les étoiles
étaient devenues cinglées. cassiopée se balançait comme un berceau

Un observateur de hasard incapable de dormir, rêvant à une
fenêtre, comptant les moutons, n'en aurait pas cru
ses yeux. la voie lactée se trémoussa se trémoussa. un troupeau
d'étoiles filantes. des comètes folles. et 1'étoi1e du grand-chien
pareille à une lune nouvelle-née.
mais le héros ne vit rien.

Comprenez : le ciel quand on le surveille est comme une marmite sur le feu. à
la minute-même où le héros tourna les yeux les cieux débordèrent.
météorites & planètes passèrent au-dessus de lui comme des chauves-souris.
qu'aurait-il pu dire ? il n'était pas en forme. Sa langue devenait ivre &
je ne parle pas de sa vue.
ses yeux ne voyaient rien double.

Tout était-il perdu ? jamais de la vie. c'était moche. mais considérez
le problème sous cet angle : le héros avait enfin les pieds sur terre.

Soudain (comme dans un film monumental) se déclencha
une suite d'événements qui pénétrèrent son être intime ; son âme
profonde. faisant éclater ses structures. criant ho-hisse à son
expérience formelle :

sept fourmis rouges mordirent sa main gauche
six pierres tendres roulèrent sur sa langue
ses cinq doigts s'étendirent sur un octave
quatre plumes jaunes surgirent de nulle-part
ainsi que-trois oiseaux bleus
au-dessus de sa tête (halo) firent cercle deux papillons-lunes
il avait faim alors il happa comme un iguane
il avala les deux papillons
son estomac frémit
il s'engourdit. le trou noir.
le sommeil le terrassa
(une minute seulement
mais cela lui sembla dés heures)
& il rêva :

espérons qu'il n'est pas en danger

Il arrive sur la frayère de certains
animaux sacrés. il a peur d'être obligé de
copuler avec l'un d'eux. les danseurs indigènes l'encerclent
puis le cernent. ils le déshabillent. son costume
d'Adam a changé d'étoffe. il a une nouvelle coupe
féminine. on le purifie. on enduit son corps
d'essence de sang de taureau. on lui demande de choisir
un animal.

Un chat tigré se frotte à sa jambe. Un chat gris & or
aux grands yeux bleus. des yeux si bleus que l'eau en vient
à la bouche du héros. Une vache à la peau lisse aux pis laqués de rouge
(très chinois) s'étire & se roule dans un tas
de bleuets. fleurs bleues. plus bleues que
les yeux du chat.

Le héros s'interroge sur ses yeux. Dans cette atmosphère
est-ce qu'ils paraissent aussi plus bleus qu'ils ne sont?
zut pas de miroir en vue. est-ce que l'effet aura
disparu quand il rentrera ? il espère que non.

Sur sa gauche les collines vertes si vertes. un vert
froid de menthe. il regarde au loin & sursaute.
il voit Skunkdog.

C'est un terrible mâtin au long pelage luisant. poils noirs.
sa verge au contraire de ces chiens qui ont un
chibre rouge & visqueux est d'un blanc pur. le héros palpite là en bas
comme une femme & ne peut réfréner un geste obscène.

Skunkdog écarquille les yeux. 2 formidables soucoupes bleues.
les yeux les plus bleus qu'on puisse imaginer. plus bleus que les bluets,
plus bleus que la méditerranée.

Le héros est vaincu. Impudique. il se détourne puis regarde encore.
oh non ! Skunkdog est parti. le héros court vers les
vertes collines. Il est nu & les enfants rient.
il s'en moque. il déracine les arbres les plantes & les
rochers. il s'arrache les cheveux. partout
d'étranges animaux s'accouplent. la température monte. des femmes
mangent de la baleine. d'autres femmes exhibent leurs
ventres.

Dans un ravin il tombe sur Skunkdog. on l'a écorché.
il voit sa carcasse encore chaude. le héros tombe prostré
il va se désoler quand de nulle part lui tombe
la peau de son amour abattu.
il l'enfile.
elle lui va comme un gant.
il n'est plus héros.
il n'est plus héros.
mais Skunkdog
poils noirs yeux bleus.

doggod dog / god doggod
yeux bleus yeux / dieu dieu bleu

le chien s'envole dans la lune.

 

Traduction Henry Meyer

Ce poème a été publié dans Starscrewer n°11 Spécial Punk (1979)
Voir le fac similé original : première page, deuxième page, troisième page.
Entendre Patti Smith lire Skunkdog en 1971 (piste n°12) sur le site Ubuweb.

Source Lucien Suel http://academie23.blogspot.fr/search/label/Traduction?m=0

 

09/02/2014

l’œil & la plume : une saison en enfer

Arthur Rimbaud pluie de lettres sur l'aquarelle de jl forain.jpg

pluie de lettres sur l'aquarelle de jl forain                                                       collage jlmi  2013

Arthur Rimbaud, Une saison en enfer, April-August 1873.jpg

Arthur Rimbaud, Une saison en enfer, avril-août 1873

 

 

 

 

 

 

1 - remarche (ou marche) : en surcharge, à la place de
     "reprend".
2 - les : en surcharge, à la place de "ses".
3 - a poussé : dans l'interligne, à la place de "monte", biffé.
4 - terre : en surcharge, à la place de "bas".
5 - C'est dit, : ajouté dans l'interligne, probablement
     pour être inséré après "donc".
6 - [..] : mot illisible.
7 - [mon dégoût(?) et mes trahisons supérieures et ?] :
     syntagme partiellement indéchiffrable ajouté
     dans l'interligne.
8 - les coups : ajouté dans l'interligne.
9 - et des sens dispersés : en surcharge, par
     dessus un groupe de mots illisible.
10 - À quel démon me (louer) : on lit dans l'interligne
     "je suis à" (louer) sans que la leçon précédente soit
     biffée.
11 - Quelle : on lit un "à" sous ou sur le "Q" de "Quelle".
12 - éviter : semble surchargé par un mot illisible
      ("souffrir" ?).
13 - la stupide justice. de la mort : "la stupide justice."
      semble remplacer "la main (biffé) bruta (surcharge
      "stupide" ; la dernière syllabe manque) de la mort
      (qui n'a pas été biffé)".
14 - les : en surcharge, à la place de "ma".
15 - [...] : mot illisible ("aujourd'hui" ?).
16 - aux : en surcharge, à la place de "dans les".
17 - la dure vie : semble avoir été ajouté dans
       l'indentation de l'alinéa.
18 - [...] : illisible ("Je ne vieillirai pas" ?)
19 - dangers : surcharge un mot illisible (terreurs ?)
20 - O mon abnégation, o ma charité inouïes : Rimbaud
      a d'abord écrit : "A quoi servent mon abnégation et
      ma charité inouïes mai " puis a biffé le verbe et les
      connecteurs logiques pour obtenir une phrase
      nominale, en remplaçant les éléments supprimés
      par les interjections.
21 - je suis bête : devant "je", un "que", biffé.
22 - la : on voit très distinctement "les", semble-t-il
      corrigé en "la" ; "punitions" est au pluriel.
23 - gronde : en surcharge, par dessus un mot illisible
      ("brule" ?).
24 - Où va-t-on : en surcharge, par dessus "Sais-je
      où je vais".
25 - avancent : après ce mot, on lit "remuent", biffé.
26 - les autels, les armes : les "s" de pluriel sont absents
      ou peu marqués.
27 - Qu'on me : en surcharge, par dessus un mot illisible.
 








 

Oui c'est un vice que j'ai...

 

   Oui c'est un vice que j'ai, qui s'arrête et qui remarche1 avec moi, et, ma poitrine ouverte, je verrais un horrible cœur infirme. Dans mon enfance, j'entends les2 racines de souffrance jetée à mon flanc ; aujourd'hui elle a poussé3 au ciel, elle est bien plus forte que moi, elle me bat, me traîne, me jette à terre4.
   Donc [C'est dit, −]5 renier la joie, éviter le devoir, ne pas [...]6 au monde [mon dégoût(?) et mes trahisons supérieures et ?]7, la dernière innocence, la dernière timidité.
   Allons. la marche ! le désert. le fardeau. les coups8. le malheur. l'ennui. la colère. l'enfer, la science et les délices de l'esprit et des sens dispersés9
   À quel démon me10 louer ? Quelle bête faut-il adorer ? Dans quel sang faut-il marcher ? Quels cris faut-il pousser ? Quel mensonge faut-il soutenir ? Quelle11 sainte image faut-il attaquer quels cœurs faut-il briser ?
   Plutôt, éviter12 la stupide justice. de la mort13, j'entendrais les14 complaintes chantée [...]15 aux16 marchés. Point de popularité.
la dure vie.17 l'abrutissement pur, et puis soulever d'un poing séché le couvercle du cercueil, s'asseoir et s'étouffer. [...]18 pas de vieillesse. Point de dangers19, la terreur n'est pas française.
   Ah ! Je suis tellement délaissé, que j'offre à n'importe quelle divine image des élans vers la perfection. Autre marché grotesque.  
   O mon abnégation, o ma charité inouïes20. De profundis, domine ! je suis bête21 ?
   Assez. Voici la22 punitions ! Plus à parler d'innocence. En marche. Oh ! les reins se déplantent, le cœur gronde23, la poitrine brule, la tête est battue, la nuit roule dans les yeux, au Soleil.
   Où va-t-on,24 à la bataille ?
   Ah ! mon ami ! ma sale jeunesse ! Va..., va, les autres avancent25 les autels, les armes26.
   Oh ! oh. C'est la faiblesse, c'est la bêtise, moi !
   Allons, feu sur moi. Ou je me rends ! Qu'on me27 blesse, je me jette à plat ventre, foulé aux pieds des chevaux
   Ah !...
   Je m'y habituerai.
   Ah ça, je mènerais la vie française, et je suivrais le sentier de l'honneur.

 

 

 

Source   http://abardel.free.fr/tout_rimbaud/brouillons_de_la_sais...

grand merci à abardel !