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29/06/2014

l'oeil & la plume : à la tienne ! mon vieux

à la tienne recadrcontrast2.jpg
texte de bruno toméra                                                                                                                  collage  jlmi  2014
 

 

 

On n’en finit pas de blesser

ses doigts sur les arêtes acérées du stylo.

On sue en s’arrachant de son crâne des

caillasses de gros sentiments, des rochers

de lieux communs. Puis doucement la lime

fignole les mots, les phrases ; on a secoué

le tamis pour récupérer des poussières

d’instants. On est joyeux, le voilà enfin ce

maudit texte de mes deux, peaufiner,

bichonner, c’est le plus beau...Y a pas à

dire... On y a mis quoi, là dedans, Un

fouillis de soi ; des restes de bonheur ; des

souvenirs de poivrots ; des ballades avec

des ombres qui, parfois, nous tiennent la

main ; les bizarreries du monde que l’on a

cru bouffer, un jour, il y a longtemps. On

s’en remet jamais de cette naissance si

hasardeuse, si intelligente puisque la vie

nous pousse elle-même vers la FIN. On

s’arrange en attendant, avec les

embrouilles et les joies que l’on se

fabrique, avec d’autres qui savent sourire,

qui savent accueillir plus barjots qu’eux

mêmes. La curiosité n’est pas un vilain

défaut.

L’étonnement de l’écrit ;

toujours prêt à embarquer sur le rafiot de

la révolte et nous dans nos petits canoës

indiens pour élargir le sillage, on tachera

de pas jeter l’ancre trop tôt.

Ici, au dehors, les oiseaux

piaillent, un vrai capharnaüm à piafs, ils

nous préparent des nichées d’oisillons

grelottants, affamés des rêves d’Icare.

Les chats regardent tout ça d’un

drôle d’oeil. C’est la vie...

 

 

 

28/06/2014

l'oeil & la plume : sommet d'où jeter son pinceau ( fragment VII )

lumièrerecacdrcontrast.jpg
texte de werner lambersy                                                                                                            collage  jlmi 2014
 
 

Pendant des millénaires

Les astres

Traversent les ténèbres

 

Percent

Les pustules

D’un chaos qui retombe

 

Et repoussent

Les frontières où se perd

La lumière

 

À peine effleure-t-elle nos

Âmes pour nous

Suivre

 

Et jardiner le temps d’un

Tour de manège

Notre planète

 

Sur la tombe des défunts

 

26/06/2014

l'oeil & la plume : Woolworth, 1954

carver palourde verticaleB&W.jpg
texte de raymond carver                                                                                                        collage  jlmi  2014
 
 

 

 

Je ne sais comment ni pourquoi

ça m’est revenu. Mais je me suis mis à y penser

juste après que Robert ait appelé

me disant qu’il arrivait dans quelques minutes

pour qu’on aille aux palourdes.

 

C’était mon premier boulot et je travaillais

sous les ordres d’un dénommé Sal.

Cinquante et quelques années, et

simple magasinier comme moi.

Parti de rien il était

arrivé à pas grand-chose. Mais content

d’avoir un boulot, comme moi.

Il connaissait les rayons du magasin

comme sa poche et il voulait bien

m’apprendre. J’avais seize ans, je travaillais

pour des clopinettes mais j’étais heureux

comme ça. Sal m’a transmis

son savoir. Il était patient

mais faut dire aussi, je pigeais vite.

 

Mon plus grand souvenir

de cette période : quand on ouvrait

les cartons de lingerie féminine.

Les culottes et autres petits machins

moulants. Quand on les sortait du carton

par poignées. Déjà à l’époque,

il s’en dégageait quelque chose

de magnifique et de

mystérieux. Sal appelait ça

« Les dessou-ous », « les dessou-ous ? »

Je le croyais sur parole. Alors pendant un temps

moi aussi j’ai appelé ça : « Les dessou-ous. »

 

Puis j’ai vieilli. Je n’étais plus

magasinier. Et j’ai commencé à prononcer

correctement ce mot français.

Je savais de quoi je parlais !

J’avais commencé à sortir avec des filles

dans l’espoir de faire descendre leurs petites culottes,

de toucher ce tendre petit morceau de soie.

Et quelques fois ça marchait. Seigneur, oui,

elles me laissaient faire. Et leurs culottes

elles étaient vraiment dessou-ous.

Tout en dessous, collées à la peau blanche,

et elles glissaient lentement le long du ventre,

les long des hanches et des fesses,

et des superbes cuisses, glissaient un peu

plus rapidement à hauteur des genoux

puis des mollets ! Atteignaient les chevilles

réunies pour cette occasion. Et tombaient enfin

sur le plancher de la voiture où

on les oubliait. Jusqu’au moment où

il fallait les chercher à tâtons.

 

« Les dessou-ous »

 

Ces adorables filles !

« Le chat s’est caché là-dessous. »

Robert et ses gosses et moi

là sur la plage

avec les seaux et les pelles.

Les gosses ne mangent pas de palourdes.

Il n’arrêtent pas de faire des « Beurk »

ou des « bouah » en voyant les coquillages

dans la pelle pleine de sable,

avant qu’on les jette dans le seau.

Et moi qui ne cesse de penser à Yakima.

Aux sous-vêtements soyeux,

aux dessous qu’elles portaient en dessous

Jeanne et Rita, Muriel, Sue et sa sœur,

Cora Mae. Toutes ces filles.

Des grandes personnes maintenant. Ou pire.

Disons-le : des mortes.

 

 in  là où les eaux se mêlent     ed l'incertain  1993