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31/03/2014

l'oeil & la plume : 1971

1971-02.jpg
texte de Gerty Dambury                                                                                                              collage  jlmi  2014

 

 

C’est le début et c’est la fin.
Butée.
Ta voix dans ce combiné
Trop lourd. Bakélite noire.
Dehors un soleil à regretter déjà.

Une chanson-flirt-film et fin.
En lettres capitales.
Love story
En ce temps-là, j’étais Ali McGraw
Tu n’étais pas Ryan O’Neal

Figure d’écran prend son envol
L’avion décolle vers d’autres réels.
Je vous laisse-là,
Vous, ma terre, mon île,
ma ville en construction et ses poussières.

Huit heures plus tard
votre absence m’explose le corps
sous un soleil qui refuse de se retirer
Une nuit infinie s’étend
sur ce mois d’août en pays tempéré.

Je ne suis plus Ali McGraw.
C’est le début et c’est la fin.
Plus de cinéma, tout est bien vrai.
Les murs rétrécissent
Une pièce et demi pour neuf

Nos samedis n’ont jamais été si
familiaux. Notre mère au centre
Rien là-dedans n’est familier.
Les uns contre les autres.
Besoin de se réchauffer, de se connaître.

Musiques haïtiennes
Lari Zabim nous rattrape
Man Baliko ouvre les fenêtres
vers un passé que j’accroche
à chaque pore, à chaque souffle.

La nostalgie chante son signal.
Les souvenirs se précipitent.

 

Courtesy biennale des poetes

Sera là lors de notre semaine Poètes des Caraïbes du 24 mai au 1er juin 2014

 

 

30/03/2014

l'oeil & la plume : en traversant le pays des morts

 

André Laude 06sm.jpg

manuscrit de andré laude

 

 

En traversant le pays des morts

En traversant le pays des morts

en route vers Aden les terres d’Arthur Rimbaud.

Je suce mes doigts à cause de la soif

de la malaria, du cancer des os.

Je songe à la Bretagne,

aux femmes aux hautes coiffes.

Je songe aux piroguiers du fleuve Zaïre.

Je songe aux oiseaux bariolés d’Amazonie.

Je songe au sexe chaud de l’indienne

à la tombée de la nuit.

Je songe à une espèce de poème

déclamé par un fou de génie

qui ferait taire les perroquets verts.

 

Source  http://www.larevuedesressources.org/des-poemes-d-andre-laude,062.html

 

28/03/2014

l'oeil & la plume : complainte des mendiants de la Casbah & de la petite Yasmina tuée par son père ( fragment I )

casbah1950contrastcolorized.jpg
texte de ismaël ait djafer  1951                                                                                                      collage jlmi  2014
 

dédié à ceux qui n'ont jamais eu faim...

 

Poème / Préface/ Eclair / L'édition de ce / Poème / Est le résultat d'une / Mendicité / Publique. / C'est le suc des / Herbes / de la / Misère / Macérées dans une boite de fer blanc ramassée dans la / Rue.../ Buvez-le.. ce suc.

Foule

Particulier

Auditoire

Spectateurs

Badauds

Lecteurs

 

Je lève

Mon verre plein de sang

à

La santé

de ceux qui sont en bonne santé

 

Je le lève

Et je le casse

Rageusement sur le comptoir

De ma colère

Et

J'en triture les tessons

Rageusement...

Entre mes doigts pleins de

Sang...

 

La complainte,

Voilà

Il faut aussi

Que j'aie toute ma tête à moi

Tout seul

Et pour toute la

Nuit...

Viens, Charlemagne

Je vais te dire un poème

 

Comme j'en disais hier encore

Au Quartier...

 

Je disais...

Mais il faut que je réfléchisse

Que je sois froid

Comme un cadavre

Celui de la petite Yasmina.

 

Je disais.

J'ai faim et je m'en fiche

J'a i sommeil et je m'en fiche

J'ai froid et je m'en fiche

Il y a des joies terribles

A gratter du papier

A deux heures du métro.

Bar du matin

Rue Dufour Paris

6ème

A 8000 kilomètres, il y avait la mer à boire

A boire et à manger le soir et le matin

Un coq à l'âne rôti

Avec mon copain Neptune

Avec mon copain Gitan

Avec mon copain Slim l'Américain

Qui avait trois doigts coupés

Avec mon copain Benny et ses yeux de Bozambo

Avec ma copine Nelly qui mangeait tout le temps

du sucre galvanisé pour les vitamines

K.

 

Mais tu sais

Charlemagne,

Il y a des gens qui disent j'ai faim

Et puis c'est tout.

Il y a des gens qui disent j'ai froid

Et puis c'est tout.

Il y a des gens qui disent j'ai sommeil

Et puis s'étendent sur le marbre

Des dalles

Des trottoirs

Des rues

Désertes...

Mais le ventre plein, les enfants de Charlemagne

Chantent une chanson.

Une chanson qu'on apprend à l'école.

 

Au clair de la lune

Mon ami Pierrot.

Prête-moi ta plume

Pour écrire un mot.

 

Les mains des pauvres

A la Casbah

Sont longues et maigres et tendues comme des racines

De pommes de terre.

La voix des pauvres

Est grêle

Et ils ont des yeux ronds

Et ils ont une sale gueule.

La gueule de Pépé le Moko quand il se casse rue du

Regard un jour de

Pluie

Au Musée Grévin.

 

Une minute de silence...

 

 

(d'après, Editions Bouchène, Alger, 1987. N° d'édition 001/87. Dépôt légal 1er trimestre 1987. Re-publié  par le n°10 de la revue Albatroz, Paris, janvier 1994).

 

Source   http://albatroz.blog4ever.com/ismaal-aat-djafer-complaint...