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28/03/2014

l'oeil & la plume : complainte des mendiants de la Casbah & de la petite Yasmina tuée par son père ( fragment I )

casbah1950contrastcolorized.jpg
texte de ismaël ait djafer  1951                                                                                                      collage jlmi  2014
 

dédié à ceux qui n'ont jamais eu faim...

 

Poème / Préface/ Eclair / L'édition de ce / Poème / Est le résultat d'une / Mendicité / Publique. / C'est le suc des / Herbes / de la / Misère / Macérées dans une boite de fer blanc ramassée dans la / Rue.../ Buvez-le.. ce suc.

Foule

Particulier

Auditoire

Spectateurs

Badauds

Lecteurs

 

Je lève

Mon verre plein de sang

à

La santé

de ceux qui sont en bonne santé

 

Je le lève

Et je le casse

Rageusement sur le comptoir

De ma colère

Et

J'en triture les tessons

Rageusement...

Entre mes doigts pleins de

Sang...

 

La complainte,

Voilà

Il faut aussi

Que j'aie toute ma tête à moi

Tout seul

Et pour toute la

Nuit...

Viens, Charlemagne

Je vais te dire un poème

 

Comme j'en disais hier encore

Au Quartier...

 

Je disais...

Mais il faut que je réfléchisse

Que je sois froid

Comme un cadavre

Celui de la petite Yasmina.

 

Je disais.

J'ai faim et je m'en fiche

J'a i sommeil et je m'en fiche

J'ai froid et je m'en fiche

Il y a des joies terribles

A gratter du papier

A deux heures du métro.

Bar du matin

Rue Dufour Paris

6ème

A 8000 kilomètres, il y avait la mer à boire

A boire et à manger le soir et le matin

Un coq à l'âne rôti

Avec mon copain Neptune

Avec mon copain Gitan

Avec mon copain Slim l'Américain

Qui avait trois doigts coupés

Avec mon copain Benny et ses yeux de Bozambo

Avec ma copine Nelly qui mangeait tout le temps

du sucre galvanisé pour les vitamines

K.

 

Mais tu sais

Charlemagne,

Il y a des gens qui disent j'ai faim

Et puis c'est tout.

Il y a des gens qui disent j'ai froid

Et puis c'est tout.

Il y a des gens qui disent j'ai sommeil

Et puis s'étendent sur le marbre

Des dalles

Des trottoirs

Des rues

Désertes...

Mais le ventre plein, les enfants de Charlemagne

Chantent une chanson.

Une chanson qu'on apprend à l'école.

 

Au clair de la lune

Mon ami Pierrot.

Prête-moi ta plume

Pour écrire un mot.

 

Les mains des pauvres

A la Casbah

Sont longues et maigres et tendues comme des racines

De pommes de terre.

La voix des pauvres

Est grêle

Et ils ont des yeux ronds

Et ils ont une sale gueule.

La gueule de Pépé le Moko quand il se casse rue du

Regard un jour de

Pluie

Au Musée Grévin.

 

Une minute de silence...

 

 

(d'après, Editions Bouchène, Alger, 1987. N° d'édition 001/87. Dépôt légal 1er trimestre 1987. Re-publié  par le n°10 de la revue Albatroz, Paris, janvier 1994).

 

Source   http://albatroz.blog4ever.com/ismaal-aat-djafer-complaint...

 

 

27/03/2014

l'oeil & la plume : mordre le temps de mort

cg.jpg
texte cathy garcia                                                                                                           illustration  cg+jlmi  2014
 

Pieds-nus parmi les ruines
Nous, vagabonds
Avons tissé nos nids
De copeaux et de mousse
Et allons pisser dans la marge
Un jus de corde ambrée
Vin charnu des ombellifères
La croupe des horloges sabrée
L’épine fichée dans un tiroir
Et le sort en est jeté

Draps de limaille, croix de silice
Le temps ferre l’agonie
Le temps de mort
Des pays de sang
Mais nous irons arracher
Les racines de la folie
De la bouche noire des fantômes

Aspiration au nu animal
Aux nœuds de foudre
À l’eau pure sur les visages
Intensité du désir
Du souffle
Sous les semelles

Joie et salive du ciel
L’Amour des instants funambules
Nerveuses nervures de pluie
Douleur orgasmique
Les flèches X d’empathie

La vipère du bonheur
A mordu si vivement
Le temps de s’en apercevoir
Elle avait déjà disparu
Juste une couture invisible
Dans le poli de la gorge
L’Ombre et son sillon gravé
Au creux des charbons
Nos mains dépliées
Les dés d’argile roulent
Comme des perles
Les bêtes de potence
Sautent des falaises
Nous jetons leurs os
Dans les vasques de brume
Là où les crapauds boulimiques
Mangent des braises d’orage


Si la vibration laiteuse
D’un pinceau
Trace des archipels
Aux flancs des oiseaux
Nous respirons ce vide précieux
Plongeons dans l’océan du ciel
Récitons ses litanies
Avec ce fragment de sel
Qui crépite sur la langue


Cabanes tremblantes
Ruisseaux de thé
Et la nuit mouillée
Troublante au-delà des digues
Et que viennent
Les poissons de l’aube
Pour éponger nos âmes


Bientôt nous irons nous aimer
La tête ourlée de pluie
Couchés dans le foin
Avec dans le cœur
Un rêve encore salé
Nos poitrines sentiront
La sauge et le lilas

Nous irons allumer
Un feu de souches veinées
Dans le taillis des rides
Au jardin des lèvres retroussées
Nous mordrons la pulpe de joie
Lècherons le galop
Des chevaux de calcaire
Goûterons le fluide
Des chenilles sanguines
En compagnie des loqueteux
Dans la vallée des cerises


L’élan suave oui, de l’amour
Cette vague confuse et malicieuse
Nous la laisserons parcourir les ravins
D’églantiers et de marguerites
Même si l’inquiétude grouille
Sous la rocaille
Puis nous fuguerons vers les friches
Les montagnes en fleurs
Avant que la cellule et l’effroi
Les mailles envers endroit
Les crochets du givre
Ne déchirent nos duvets


L’orage nous clouera à mort
Sur les portes sorcières
Des bûchers de la nuit
Brèche illusoire
Mirage hybride
Quand pénètre par le sang
L’haleine des fougères ivres
D’un vin à boire
À même la bouteille

Boire et cingler le jour
Plein de moineaux ébouriffés
Sortis de sa cruche
Tandis que s’envole
La chimère libre et merveilleuse

Nous irons célébrer l’élan
Avant le vermoulu de la neige
Et du vieux bois d’hiver
Quand les sarments seront noirs
Et qu’il nous faudra être chaste
À cause des filets tendus
Pour les papillons perdus


Nous invoquerons
Le serpent sorcier
Son sillage envoutant
Sur les parois des canyons
Des torches entre les paumes
Pour éclairer ses entrailles
Poudre de suif baroque
Le frisson sur la nuque
Et des visions dans le ventre


Nous poursuivrons le vertige
Entre les cendres du rêve
Une mélopée de toute beauté
Un doux parfum
De lune et de sang frais
Qui fait ululer les hiboux


À l’aube, le sombre de la forêt
Planté dans le terreau de l’échine
Ou glissé dans un mouchoir de peau
Avec le baptême des sèves
La caresse des fumées
La rosée des broussailles
Et le poivre des dentelles



Avant qu’il ne faille démêler
Dans la chambre d’automne
Le pelage et les ronces
Le miroir aux corneilles
Et les linges souillés
Il nous faudra suivre
Le sentier de cire
Trouver la gâtine
Où l’on a brûlé les lucioles
De nos crânes roussis


Un bouquet de miel pourrissant
Dans le crépuscule de paille
L’obsession d’une prairie fruitée
Bourgeon de tourterelle
Feuille de pommier
Sur les veines de l’initié
Le mystère qui ruisselle
Dans un losange de lumière


Nous goûterons ce miel sidéral
La sueur des calices au goût de citron
La saveur tendre d’une pluie défenestrée
L’encre douce de l’âme
Cette flaque à boire
À la frêle cuillère
Entre l’os et l’humus
Dans les maquis du silence


Alors que nos paupières sont sujettes
À de fécondes éclipses
L’eau des arcs en ciel
Au mat de papier
Devient élixir


Dans le clos des balançoires
Au doux cliquetis de résine
Il y a des bouffées de mensonges
Le miel se défait au centre
Des vergers dépouillés
De nos errances
Demeurent pourtant
La sève des nuages
Et la sublime audace
De nos chapelles ardentes
Pour se convaincre que la salive
Peut conjurer la sombre
Et stridente rage
Des temps de mort.
La salive pour conjurer
La sombre et stridente rage
Des temps de morts

 

26/03/2014

l'oeil & la plume : selon le vent (fragments)

LRQ.jpg
textes & illustrations par                                                  Le Salut invérifiable d'un Idiot souterrain   2014

 

Avec ou sans nous

 

Trop de vérité sont inutilisables. Une ferveur nouvelle doit creuser nos traits : nos postures peuvent n’être plus que des tics qui grandissent, & la cendre n’est pas la norme du feu. La perfection est innocente, sans mérite ni culpabilité : il n’y a pas de destin, il n’y a aucun devoir. Il n’y a plus d’opacité à déplorere. La nécessité est indifférente mais Sa splendeur vaut la peine d’être éprouvée. Le cosmos est insondable & n’agit pas : il se transforme. Chaque chose est à sa place & peut-être n’y a-t-il rien à attendre, car tout est égal & sans double. Quant aux promesses nous connaissons leurs lendemains, & ce pas ne mène pas aux souvenirs : personne ne se soucie de nous, personne ne le doit. L’éternité est partout vivante, avec ou sans nous.

 

…/…

 

Selon le vent

 

Nous sommes ici & là, selon le vent. Nous passons, partout, selon nos manières que rien ne décrète. Des mondes se font, s’émeuvent & se défont : ils sont leur propre destination. Nous sommes sans origine, sans utilité, faisant les usages qui nous font. Des tâches sont tues, leurs effets importent. Nous les produisons par la nécessité que nous sentons. L’immense mouvement d’eau assemble des pluies, nous connaissons l’étendue que nous marchons, là où les images brûlent sans chaleur. Tout demeure & rien ne revient. Tout est simple & définitif, tout change : l’éternité est vivante.

Chaque pas est son propre lieu. C’est une solitude dont le vent fait les appuis. D’autres ont erré avant nous, parmi ces clartés que nous tairons aussi. Je La connais par cet amour humain, que le chant ne prouve pas. Tout est proche.

 

l’ancien monde s’est envolé