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09/12/2017

l'oeil & la plume... pute, ça s'improvise pas

pute  P Corps recadcontr.jpg
texte de pénélope corps                                   ill. jlmi  2017

 

 

Pute, ça s’improvise pas.

Alors pute insignifiante, t’imagines le taf.

Je ne suis ni assez courageuse, ni assez fière de mon cul pour ça.
Et puis les talons je supporte pas. Et puis j’ai toujours trop chaud ou trop froid.
Je me plains du temps et des gens.    
J’ai eu une enfance plutôt sage. J’ai toujours manqué d’audace. Et je suis de cette génération en voie d’extinction et sûrement un peu con qui ne peut pas baiser sans aimer. Ça m’a valu de pleurer sûrement plus souvent qu’une pute après une passe.       
Faut avoir des couilles pour faire pute. Faut être douée en psychologie de la misère et de la bourgeoisie. Faut être un peu infirmière. Faut encaisser la violence. Faut être douée en humains. Et puis en liberté.
Les putes sont pas toujours libres, c'est vrai. Mais la liberté c’est qu’un concept un peu factice, un peu flou, pour faire rêver les sociétés. Un truc pour éviter qu’on foute le feu. Un genre de garde-fous. Pute ou pas, tout le monde de traîner sa petite chaîne, son petit boulet d’acier, sa petite cage qui sent pas bon. Liberté de nourrir sa prison mentale, liberté d’addiction, liberté d’avoir mal dans un monde qui fonctionne pas. Personne n’y échappe vraiment.
Toi non plus. Faut pas être Freud pour comprendre qu’ à chaque fois que tu traites une inconnue de petite pute, tu chiales ta mère. On est tous pareils. On passe nos vies à chialer nos mères. Cherche pas. T’es malheureux. T’es une victime. La nuit, tu appelles. Tu voudrais qu’on t’embrasse les paupières, qu’on te caresse le plexus solaire. Tu voudrais qu’une main douce te rassure les couilles, mais personne le fait. Tu voudrais qu’on te parle de ta puissance, comme Maman, mais personne le fait. Toutes les femmes sont ta mère et toi tu joues au fils de pute. C’est ta misère que tu craches. On a compris. Jouir quand on est seul ça manque de sens oui. C’est insignifiant oui. Toi aussi t’as compris.
Moi tu vois, ce que j’aurais voulu, c’est avoir une place dans ma famille, ne pas avoir été humiliée, savoir gueuler un peu fort, être capable de décevoir mes parents de temps en temps, devenir une fille solide. Chacun ses problèmes.  
Aujourd’hui j’ai 39 ans et je suis pas féministe pour un sou.
Je veux bien qu’on me traite de pute, mais seulement si c’est moi qui demande.

 

07/12/2017

l'oeil & la plume... j'étais assis, seul, sur un banc public...

+Léon Cobra 2.jpg
texte de léon cobra               ill. braconnages prod

 

J'étais assis, seul, sur un banc public dans un parc désert.

 

Je n'attendais personne et personne ne m'attendait.

Les chômeurs chômaient, les dealers dealaient, les travailleurs travaillaient, les profiteurs profitaient, les violeurs violaient, les pollueurs polluaient, les rêveurs rêvaient, les cuisiniers cuisinaient, les buveurs buvaient, les penseurs pensaient, les assassins assassinaient, les plongeurs plongeaient … c'était juste avant la Révolution.

J'avais le regard vide .Mes yeux larmoyaient. Mes membres tremblaient.

Je venais juste de me faire opérer d'un cancer. J'étais meurtri, fatigué, usé, déprimé, recousu, appareillé, timoré, angoissé, brisé, anémié, prostré, désœuvré, léthargique.

La Sécu m'avait accordé un bonus : cinq ans à 100 % !

Je comptais les minutes. Je biffais les jours sur le calendrier.

J'avais mis des lunettes noires … c'était juste avant la Révolution.

 

Le petit chaperon rouge avait peur du loup, le président Donald du président Kim, l'OM du PSG.

L'intérimaire tremblait devant le contremaitre qui tremblait devant le DRH qui tremblait devant le PDG qui tremblait devant les actionnaires.

Il ne pleuvait jamais. La terre était sèche. Les bêtes mouraient de soif. Les paysans abandonnaient leur campagne et rejoignaient les bidonvilles autour du périphérique … c'était juste avant la Révolution.

Les hommes buvaient, se droguaient, forniquaient. Les femmes buvaient, se droguaient, forniquaient . Les adolescents buvaient, se droguaient, forniquaient. Il y avait des pédophiles à la sortie des écoles, des racistes sur les listes électorales, des salons de massage à la place

 

 

plus sur léon cobra

 

 

06/12/2017

l'oeil & la plume... Sadik parking

sadik parking 2005.jpg

texte de fanny sheper                                                                         sur  ''parking désert'' photo de jlmi    2005

 

 

J’aime faire galoper les jolies jambes flippées

Agripper les belles seules et parfumées.

Impersonnel et mal éclairé

C’est un lieu parfait pour prendre son pied,

Pour faire toutes sortes de méfaits

Tu y descendras un soir ou dans la journée

Il fait toujours nuit en bas. 

Tu commenceras par les escaliers tagués

Qui t’éloignent du bruit de la vie.

Les marches à crachats

Les couloirs coloscopiques bleus, ciels sales,

Te rendront plus inquiète et sucrée,

Ils te rendront antilope effarouchée

Et moi, je me pourlécherai.

Ma belle, ma dulcinée

Tu pressentiras quelque chose

Comme un souffle glacé

Une odeur d’assaillant

Qui voudrait bien flirter.

Alors ton pas se pressera

Sans courir, parce que

Tu veux pas paniquer

Puis tu te retourneras juste pour vérifier

Geste fatal t’aurait dit Orphée

L’épouvante va s’incruster entre tes côtes

Et ton corps va à la fois s’accélérer et se paralyser

C’est le moment que je préfère, le plus craquant

Je te laisserai trotter jusqu’ à ta voiture

Avec tes cuisses tremblantes

 Pour que tu te sentes presque sauvé. 

Je te materai enfoncer la clef

Et t’emmêler dans ton sac. 

Je te sentirai transpirer froid,

Suffoquer au bord de la rupture. 

Lorsque tu démarreras enfin, je serais déjà là.

Oh ma belle, ma terrifiée

Je t’ai déjà violé mainte et mainte fois

Et je vis en toi depuis le début. 

C’est toi qui me nourris.

 Alors, je te laisserai partir

Parce que je ne suis pas un tueur,

Je ne suis même pas un violeur

 

Je suis juste ta peur.