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13/05/2014

l'oeil & la plume : requiem pour Bob Marley

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texte de nancy morejón                                                                                                              collage  jlmi  2014

 

Parce que tu as été un magicien de la vie.

Parce que tu as laissé à la Jamaïque une renommée
et une cage pleine d’oiseaux.

Parce que tu as offert ta guitare à un aveugle
et que tu as pleuré hier pour les esclaves.

Parce que tu as guidé les sources dans les montagnes
et que leurs rêves ont abouti dans tes matins.

Parce que tu as donné ton cœur de tambour.

Parce que tu as suivi l’Etoile noire de Marcus Garvey
malgré la fantaisie, malgré le naufrage final.

Parce que tu as réussi à être le Midas de l’amour.

Parce que tu as aimé ton île et ses gens pauvres.
Des gens qui portent leurs plaintes dans la tête.
No woman no cry, sourires tristes pour les touristes
Et un Reggae qui explose pour le magicien de la vie.

 

Inédit, traduit de l’espagnol par G. Vachon et M. F. Allamand

Courtesy http://www.biennaledespoetes.fr/2014/02/poetes-des-caraib...

 

10/05/2014

l'oeil & la plume : Maitresse Dantòr

poesie armedestructionmassive.jpg
texte de kettly mars                                                                          collage jlmi  2014

 

Cette femme
Belle
Noire
Son parfum dans mon ventre
Me poignarde doucement
Elle me tue
D’une mort qui donne vie
Toujours plus de vie…

*
Contre la folie de tous les racismes
Contre les violeurs et le sexisme
Contre l’hypocrisie et le paternalisme
Contre les phobies et le négationnisme
Contre l’acculturation des pseudo-évangélismes
Contre la mort lente par néo-libéralisme
Contre les guerres saintes et les angélismes
La poésie est la seule arme de destruction massive

 

Inédit Courtesy la biennale des poètes  http://www.biennaledespoetes.fr

 

 

09/05/2014

l'oeil & la plume : la croix du corbeau

140502 la croix du corbeau BradDowney - subway.jpg
texte de cathy garcia                                                                      photo ©brad downey

 

Les feuilles sous ses pas, crissent comme du verre. La croix du corbeau pèse lourd et un suaire de glace a figé toute sève. Le ciel est blanc jaunâtre, comme gros de neige. Les chênes fluets semblent bois mort. Tout en marchant, ses pensées ne cessent de revenir à lui. Elle l’avait laissé dans l’été d’un lit d’amour, brûlant de fièvre, enflé de désir, tout au bord de l’automne. Puis l’automne l’a consumé et elle ne sait plus où elle a jeté ses cendres. Maintenant elle marche et tout en elle n’est que silence et engelures. Lorsque le linceul de feuilles se perd sous le béton, elle peut encore entendre son crissement de verre. Elle marche dans une ville noire aux passants gris. Elle marche, laissant derrière elle des morceaux de mémoire que personne ne ramasse. Quand elle arrive devant le trou d’où s’échappe la chaleur souterraine, elle descend une à une les marches et disparaît dans un souffle de rame.

On ne la vit jamais ressortir, d’aucuns trous de la ville. Certains disent qu’elle a rejoint le peuple des rats, d’autres qu’elle est devenue reine d’un tripot dans une station désaffectée. On dit tant de choses et puis on ne dit plus rien.

Le printemps est revenu, les lits d’amour ont fleuri, des petits corbeaux sont nés. La mort est enterrée, pour un temps qu’on voudrait croire éternel.