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15/05/2014

l'oeil & la plume : le souvenir débarque chez toi à l’improviste

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t(y)exte de tom samel                                                                                                 ill. © geraldine morag
 

 

et les mains vides

et il dit « je ne resterais pas longtemps »

et commence à dévaliser ton frigo

et parle très fort en postillonnant

et il te pompe ton énergie

et tu n’arrives pas à le foutre à la porte

et lorsqu’il finit par s’en aller tu es au tapis avec ta migraine

il ne laisse que les cendriers pleins de mégots un sol poisseux plein de larmes et de bières

et un mot sur le palier sur lequel il est écrit :

« je suis parti parce que je t’aime et que je ne saurais te faire du mal directement »

 

in Microbe n°78 juillet-août 2013

 

14/05/2014

l'oeil & la plume : complainte des mendiants de la Casbah & de la petite Yasmina tuée par son père ( fragment V )

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texte de ismaël ait djafer  1951                                                                                                      collage jlmi  2014

 

 

Pour conserver dans ma mémoire

Et ma colère et mon dégoût

Le cadavre

De la petite Yasmina

 

Mais le ventre plein et les pieds dans un chausson

Les enfants de Charlemagne chantent une

Chanson

Une chanson qu'on apprend à l'école

 

Il court, il court le furet

Le furet des bois, mesdames

etc.

 

Il ne faut pas m'en vouloir

Charlemagne

Mais c'est trop injuste

A la fin

Que des gens crèvent

Et que d'autres rigolent

Qu'au bal des pompiers, ce soit toujours les mêmes

Qui s'empiffrent au buffet

Tu n'as rien vu

Charlemagne

Avec tes bons et tes mauvais élèves et tes truands et tes

Gueux, et tes tire-laine et tes coupe-jarrets

Paillards et pendards

A la sauce Villon

Tu n'as rien vu

Et c'est pour cela que tu n'es pas en colère comme moi

Ah! Si je pouvais t'emmener

Main dans la main

A travers les cavernes, les asiles, les rues pourries, les

Misères, les bidonvilles accrochés entre deux cimetières

Les rues de la Lyre, les Pêcheries

Les crève-la-faim, les crève-le-froid, les mères de famille

Nombreuse prix cognac, mendiant avec des moutards

Plein les bras et les pieds

Et les vieillards qui gigotent entre leurs barbes et les

Dockers qui couchent à leur mauvaise étoile et les

Malades qui agonisent sous les porches et les tas de

Pauvres types couchant l'un sur l'autre au-dessus d'un

Soupirail de boulanger pour se réchauffer et humer

L'air du pain frais et les gourbis de feuilles mortes

Qu'on ramasse à la pelle, à travers aussi les pierres

Et les lézards et les gargotes et les pauvretés et les

Dénuements

Main dans la main

Tout simplement

Comme deux types anonymes

D'une foule plus anonyme encore

Cherchant un peu de bon-dieu

Dans la bourse

De ceux qui se réclament de la déclaration

Des droits de l'homme

De la femme, de l'enfant et du vieillard

Et de l'orphelin

Et de la petite Yasmina KHOUNI.

 

Un peuple de mendiants

Voilà ce que c'est

Charlemagne

 

C'est pour cela que j'ai beaucoup de peine

 

 

(d'après, Editions Bouchène, Alger, 1987. N° d'édition 001/87. Dépôt légal 1er trimestre 1987. Re-publié  par le n°10 de la revue Albatroz, Paris, janvier 1994).

 

Source   http://albatroz.blog4ever.com/ismaal-aat-djafer-complaint...

 

13/05/2014

l'oeil & la plume : requiem pour Bob Marley

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texte de nancy morejón                                                                                                              collage  jlmi  2014

 

Parce que tu as été un magicien de la vie.

Parce que tu as laissé à la Jamaïque une renommée
et une cage pleine d’oiseaux.

Parce que tu as offert ta guitare à un aveugle
et que tu as pleuré hier pour les esclaves.

Parce que tu as guidé les sources dans les montagnes
et que leurs rêves ont abouti dans tes matins.

Parce que tu as donné ton cœur de tambour.

Parce que tu as suivi l’Etoile noire de Marcus Garvey
malgré la fantaisie, malgré le naufrage final.

Parce que tu as réussi à être le Midas de l’amour.

Parce que tu as aimé ton île et ses gens pauvres.
Des gens qui portent leurs plaintes dans la tête.
No woman no cry, sourires tristes pour les touristes
Et un Reggae qui explose pour le magicien de la vie.

 

Inédit, traduit de l’espagnol par G. Vachon et M. F. Allamand

Courtesy http://www.biennaledespoetes.fr/2014/02/poetes-des-caraib...