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06/01/2014

l’œil & la plume : la révolte [ extrait ]

penny-illustrated-17-june-1871.jpg
texte de émile verhaeren 1895                                                               ill : the penny illustrated paper 17 juin 1871
 

 

La rage, elle a bondi de terre

Sur un monceau de pavés gris ;

La rage immense avec des cris,

Avec du feu dans ses artères ;

La rage, elle a bondi

Féroce et haletante

Et si terriblement

Que son moment d’élan vaut à lui seul le temps

Que met un siècle en gravitant

Autour de ses cent ans d’attente.

 

Tout ce qui fut rêvé jadis ;

Ce que les fronts les plus hardis

Vers l’avenir ont instauré ;

Ce que les âmes ont brandi,

Ce que les yeux ont imploré,

Ce que la sève humaine

Silencieuse a renfermé,

S’épanouit, aux mille bras armés

De ces foules, brassant leur houle avec leurs haines.

 

in les Villes tentaculaires 1895


04/01/2014

l'oeil & la plume :

la serveuse.jpg
texte de pierre seghers                                                                                                                        ill. anonyme*
 
 

 

Dans les relents d’une cantine, dans la sciure et le vin rouge

la serveuse regarde parfois d’étranges figures qui bougent

 

Elle voit à même le sol des drapeaux de toutes les couleurs

mêlés et déchirés, les soldats n’y reconnaissent plus les leurs

 

Elle efface à coup de wassingue tout ce qui reste des armées

pour que le carrelage brille, puis elle s’en va, désarmée

 

dans la cuisine, astiquer le percolateur. Elle s’y voit

laide, avec de longues dents et de gros doigts.

 

Un jour, un garçon qui peignait de grande fresque dans la salle 

-- un artiste-peintre, au régiment, ça barbouille, là où on l’installe

 

lui a dit : «  Tu n’as pas changé. La même depuis 48, sur les

barricades, tu t’en souviens ? ». Il s’est mis à peindre plus vite,

 

une femme qui brandissait un drapeau et chantait. C’était drôle

ce bras tendu, ce curieux bonnet, ces épaules

 

où elle se retrouvait jadis, rien qu’un instant, rien qu’un instant

dans les relents de la cantine, près du soldat lui souriant…

 

* si vous connaissez l'auteur de l'illustration, merci de me le faire savoir par les commentaires, d'avance, merci

03/01/2014

l'oeil & la plume : Ton piRe ami

torichampnegpostnegpost.jpg
texte de vincent                                                                                                                collage  jlmi  2013
 

 

Je suis ton pire ami

        avec ma sale gueule

ma grande bouche et mes gros sabots

        jamais assez bien

toujours trop fou, obsédé sexuel

et autres folies,

        tu aimais ma lumière

mais les ombres ont gagné

                        je me suis brisé et

        j’ai eu du mal à me reconstruire

toi, tu as passé tant de temps

        à tenter de tout remettre

dans l’ordre, déteste moi d’avoir

échoué, aime-toi d’avoir essayé

je suis chien

fou et électron libre dans la nuit

        et l’alcool, je

suis dehors à aimer le froid

        à me noyer loin du soleil

tu as sans doute raison,

        ne me pardonne pas

d’être ce que je suis,

        ne me pardonne pas

puisque

je suis ton pire ami

ton silence est ton droit mais

        peut-être devrions-nous

nous

en

parler

quand

tous

les

autres

t’auront

trahi

        tu sais il y a de l’amour dans l’étrangeté de mes

regards,

        la nuit parfois je te parle, je te demande

        si tu vas bien, les murs jamais ne répondent

        je pense toujours à toi

                quand résonne la douce voix

                                        de

                                        Tori