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04/02/2014

l'oeil & la plume : poème sur la mort d'un monastère de banlieue (fragment II )

 

cg le puits du ciel 2013.jpg
texte de d.a. levy                                                                                       photo "le puits du ciel"  cathy garcia  2008
 
 

Mes plus grandes soifs
ont été étanchées
par les réponses
que j'ai apportées
moi-même
pourtant, je suppose
que je n'aurais jamais pu les trouver
sans ce rond de lumière
sur Euclid Avenue

on ne pouvait pas avoir
une bonne tasse de café
au Puits
même
en faisant tout son possible
même en attendant
très longtemps

J'ai paumé trois bonnes années
dans des sachets de thé éventé
du jus de chaussettes et ce chocolat brûlant
qui se collait à votre palais
c'était comme escalader une montagne
une montagne chrétienne
le Puits était là pour qu'on le conquière
à cette différence près que personne ne pouvait découvrir
exactement ce qui se passait là
ou à quoi ça pouvait bien servir


l'establishment essaya d'abord de fermer
le Puits à cause des Beatniks - qu'on appellerait
plus tard Hippies - et un décret
fut pris interdisant le port des sandales
à east cleveland

En deuxième lieu, ce fut à cause des blacks, comme si toutes
ces jeunes nanas allaient se mettre tout à coup à baisser
leur culotte à la vue d'une peau
noire - mec, personne ne pouvait se farcir
ces minettes - et ces minettes
ne se laissaient mettre par personne.
et le viol c'est pour les gamins
donc il ne se passait rien

alors Troisièmement ce fut à cause des hors-la-loi à moto
qui provoquaient des emmerdes sauf que je
n'ai jamais vu d’emmerdes, je n'ai jamais vu
le moindre poil de cul, je n'ai jamais bu une tasse
de café convenable, mais j'ai passé pas mal de temps
à attendre et j'ai entendu pas mal de guitares pleurer de douleur -

je ne sais pas pourquoi ils voulaient fermer
le Puits
mais je suis bien content qu'ils l'aient fait
j'aurais pu passer toute ma vie
à attendre que quelque chose se passe

il est mort de mort naturelle
quand le Bar de la Presse a décidé d'agrandir
le nébuleux café
ne s'est jamais transformé en nova
il a seulement été remplacé par une paire
de tables de billard et maintenant plus personne ne se tracasse
pour savoir qui se fait baiser par qui
du moment que ces mômes à cheveux longs
ne chantent plus les vieux refrains de Pete Seeger
ou les chansons de Joan Baez et qu'ils ne fument plus de persil
et ne prennent plus ces amphétamines à base de farine

…/…

les adeptes de John Birch sont venus voir au Puits
un soir portant en écharpe leur forme bizarre
de patriotisme - les mômes de 16 ans les ont rembarrés en se marrant
les jeunes trotzkystes aussi sont venus parler au
Puits, les mômes de 16 ans sont allés se coucher
ou bien se sont énervés & sont partis
se balader dans les rues

LE PUITS un café vraiment libéral est mort de sa belle mort - le 1er juin 1968
Repose Ingénu dans la Paix

Lenore Kandel, J.D. Kuch, sauvez-moi !

 

in Poème sur la mort d’un monastère de banlieue


“Suburban Monastery Death Poem”, Zero Edition, Cleveland 1968
“Suburban Monastery Death Poem”, Second Zero Edition, Cleveland 1976
“Poème sur la Mort d'un Monastère de Banlieue”, in Starscrewer Spécial, Berguette, 1981
“Poème sur la Mort d'un Monastère de Banlieue”, Station Underground d’Émerveillement Littéraire, Berguette, 1993. ISBN 2 909834 11 5 (traduction Lucien Suel)

 

 

29/01/2014

l'oeil & la plume : le trou

mulm le trou feu.jpg
texte de murièle modély                                                                                                               collage  jlmi  2014
 

cette histoire de trou commence à bien faire
tu dis
tout en bas du puits ça tombe, tu dis
ça ne fait que ça

ça chute et tu restes tendu tendue
avec ou sans e tu penses
cela ne change rien
les pensées tombent
tu n'atteins pas le fond

ça grandit grignoté e que tu es
par la colère, la peine, deux faces identiques
de la pièce dont tu attends longtemps
le ricochet au sol
le trou n'a pas de fond

/

voilà comment se répète
tu dis
la mécanique des chairs
cette puissante affaire
de mots
à dents
qui mordent, grignotent, tricotent
des boules, des nœuds
dans le pylore, l'œsophage
des phrases
la petite chimie des corps
sous les solvants

/

au delà de la vitre, bien sûr, tout continue
l'espace se remplit
le boulanger cuit son pain
une voiture démarre
un homme pénètre une femme
un oiseau crie

il y a la masse noire qui diffracte la vie
les camaïeux, l'orange, qui dévorent la nuit
au delà de la vitre, le jour commence
les bords irréguliers de la chair dentelée

 

 

28/01/2014

l'oeil & la plume : à faire vomir les volcans

galaxie main crânes contrast.jpg
texte ce cathy garcia                                                                                                                collage   jlmi  2014
 

 

Quand les galaxies frissonnent

Agitent leurs grands bras

Dans le creux de l’argile

L’empreinte de nos doigts

Quand les cloches font vibrer

Le fond lourd des vallées

Que les gens se jettent à terre

Que rougissent les rivières

 

Qui sont ces enfants nus qui courent au-devant

Des fleurs plein la bouche et des ailes

Des ailes de mouche ?

 

Quand le feu brûle au-dedans

Que les cieux se lacèrent

S’ouvrent s’immolent

Dans un opéra de sang

Quand les corbeaux marchent en ligne

Que l’aigle marche au pas

 

Qui sont ces vieillards qui portent dans leurs serres

Ces infinis chapelets de petits crânes blancs ?

 

Qui sont ces crapauds

Qui sont ces crapules

Que jamais un baiser

Ne pourra racheter ?

 

 extrait de Pandémonium  II