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08/02/2014

l'oeil & la plume : il y a ceux...

coupleîle 02contrastcoloriz.jpg
texte de bruno toméra                                                                                                                collage   jlmi  2014

 

Il y a ceux 

qui se pétrifient dans des lits qu'on croirait des radeaux

échoués sur des interprétations inachevées

quand le monde tempête l'inexprimé

Il y a ceux engloutis

par des nuits froides

qu'elles gèlent toutes paroles

on ne les entend jamais

et ils s'en foutent de toute façon

Il y a ceux qui voudraient couper le fil des jours

mais ils ont peur de dégringoler

ou peur de s'envoler

Il y a l'autre qui

boit une bière en boite

en matant le cul des filles comprimé dans des jeans rapiécés

et se dit que l'amour ne sait autant se déhancher

Il y a Eliana qui

du haut d'une tour HLM

suspend ses grimaces à l'intérieur d'une vitre

et elle voudrait traverser son reflet

Il y a un très vieux souriant

qui regarde jouer les enfants

en se disant qu'il va être temps

de lâcher le guidon à ces jeunes remplaçants

Il y a Elle ondulante sur une piste de danse

qui s'exerce à combler le vide des sentiments

avec un peu de prestance elle sera au top

dans la mise en scène des apparences

Il y a un fou à Varsovie

qui frotte le flou des morceaux de sa vie

dégoulinés de ses lunettes embuées

il écrit le télégramme de son existence

avec l'encre de la dernière pluie

Il y a elle il y a lui

qui se tiennent serrés dans un coin de la nuit

quand la multitude vous est hostile

le nous est une île

où il est bon de se reposer

Il y a vous, il y a moi

Il y a ceux qui ne savent de chez eux

que le bord d'eux même

et ne le franchiront jamais

 

06/02/2014

l'oeil & la plume : vu d'ici

puitsoeil01contrast.jpg
texte de werner lambersy                                                                                                             collage  jlmi 2014

 

 

Vu d’ici

rien n’indique

la profondeur du nuage

 

vu d’ici

rien n’indique

la profondeur des cieux

au-dessus des nuages

 

vu d’ici

rien n’indique

la profondeur des nuits

au-dessus du ciel

 

vu d’ici

rien n’indique

la profondeur de l’œil

qui regarde

 

in  Comme s'agitent les seaux au plus profond d'un puits  inédit  2013

merci à cg pour la photo du puits de ciel

 

 

04/02/2014

l'oeil & la plume : poème sur la mort d'un monastère de banlieue (fragment II )

 

cg le puits du ciel 2013.jpg
texte de d.a. levy                                                                                       photo "le puits du ciel"  cathy garcia  2008
 
 

Mes plus grandes soifs
ont été étanchées
par les réponses
que j'ai apportées
moi-même
pourtant, je suppose
que je n'aurais jamais pu les trouver
sans ce rond de lumière
sur Euclid Avenue

on ne pouvait pas avoir
une bonne tasse de café
au Puits
même
en faisant tout son possible
même en attendant
très longtemps

J'ai paumé trois bonnes années
dans des sachets de thé éventé
du jus de chaussettes et ce chocolat brûlant
qui se collait à votre palais
c'était comme escalader une montagne
une montagne chrétienne
le Puits était là pour qu'on le conquière
à cette différence près que personne ne pouvait découvrir
exactement ce qui se passait là
ou à quoi ça pouvait bien servir


l'establishment essaya d'abord de fermer
le Puits à cause des Beatniks - qu'on appellerait
plus tard Hippies - et un décret
fut pris interdisant le port des sandales
à east cleveland

En deuxième lieu, ce fut à cause des blacks, comme si toutes
ces jeunes nanas allaient se mettre tout à coup à baisser
leur culotte à la vue d'une peau
noire - mec, personne ne pouvait se farcir
ces minettes - et ces minettes
ne se laissaient mettre par personne.
et le viol c'est pour les gamins
donc il ne se passait rien

alors Troisièmement ce fut à cause des hors-la-loi à moto
qui provoquaient des emmerdes sauf que je
n'ai jamais vu d’emmerdes, je n'ai jamais vu
le moindre poil de cul, je n'ai jamais bu une tasse
de café convenable, mais j'ai passé pas mal de temps
à attendre et j'ai entendu pas mal de guitares pleurer de douleur -

je ne sais pas pourquoi ils voulaient fermer
le Puits
mais je suis bien content qu'ils l'aient fait
j'aurais pu passer toute ma vie
à attendre que quelque chose se passe

il est mort de mort naturelle
quand le Bar de la Presse a décidé d'agrandir
le nébuleux café
ne s'est jamais transformé en nova
il a seulement été remplacé par une paire
de tables de billard et maintenant plus personne ne se tracasse
pour savoir qui se fait baiser par qui
du moment que ces mômes à cheveux longs
ne chantent plus les vieux refrains de Pete Seeger
ou les chansons de Joan Baez et qu'ils ne fument plus de persil
et ne prennent plus ces amphétamines à base de farine

…/…

les adeptes de John Birch sont venus voir au Puits
un soir portant en écharpe leur forme bizarre
de patriotisme - les mômes de 16 ans les ont rembarrés en se marrant
les jeunes trotzkystes aussi sont venus parler au
Puits, les mômes de 16 ans sont allés se coucher
ou bien se sont énervés & sont partis
se balader dans les rues

LE PUITS un café vraiment libéral est mort de sa belle mort - le 1er juin 1968
Repose Ingénu dans la Paix

Lenore Kandel, J.D. Kuch, sauvez-moi !

 

in Poème sur la mort d’un monastère de banlieue


“Suburban Monastery Death Poem”, Zero Edition, Cleveland 1968
“Suburban Monastery Death Poem”, Second Zero Edition, Cleveland 1976
“Poème sur la Mort d'un Monastère de Banlieue”, in Starscrewer Spécial, Berguette, 1981
“Poème sur la Mort d'un Monastère de Banlieue”, Station Underground d’Émerveillement Littéraire, Berguette, 1993. ISBN 2 909834 11 5 (traduction Lucien Suel)