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20/08/2013

l'oeil & la plume : sous le regard d'Amar Amara

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texte & encre de isabelle le gouic
 

 

 

Amar Amara entra brusquement et parla avec effroi

de la décimation sous le fumier de l'idéologie,

du déclamateur sous le fumoir de l'idiome,

du déclin sous la fureur de l'idolâtrie,

du décochement sous le furoncle de l'ignominie,

du décollage sous le fuselage de l'île,

des décombres  sous le fusil-mitrailleur de l'illogisme

et du décompte sous la futilité de l'illusion.

 

Il cachait dans son dos

un cabinet rempli d'objections et de vapeurs,

une caboche remplie d'obscurantisme et de variantes,

un cabot  rempli d'observateurs et de vaudeville,

un cabri rempli d'obstétriciens et de vaudou,

un cacatoès rempli d'obus et de vautours,

un cachalot rempli d'occident et de vécu

et un cache-misère rempli d'occultisme et de velcro.

 

Il avait honte de tout, honte

de son papa en goupillon,

de sa papaye en goutte,

de son papelard en gouttière,

de sa papille en gouvernail,

de son papisme en grabuge

et de sa papule en graffiti.

 

Il posa son indulgence sur la table, comme d'habitude, et s'en alla.

 

16/08/2013

l'oeil & la plume : dans le couloir des urgences

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texte de bruno toméra                                                                                                                                      ill. jlmi
 

Nous sommes assis au bord du vide

sur ces sièges vissés dans l'éternité

nos mains se tendent et interpellent le silence

nos mains se tendent et se déchirent à espérer.

L'on rejoue l'enfance

nos vies sur le jeu de l'oie

se poursuivent et se croisent

au hasard du coup de dé.

Se forcer à penser ceci pour conjurer cela

entre croire et l'abandon

il y a tant de déraisons

bien humaines.

Devant la crainte et le mystère

on influence que soi.

Être est ce trop de vérité.

Nous raidis dans ces habits

taillés par l'absence

transpirons des regrets

et quelques fous serments

que nous mélangeons à jamais imparfaits

dans de fausses conjugaisons.

 

12/08/2013

l'oeil & la plume : Montagnité

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texte le Salut invérifiable d'un Idiot souterrain                                                                     la Nasse jlmi  2008

 

-1-

        L’étoilement est infini, c’est-à-dire dans tous les sens : les solitudes ne font pas un peuple, & mendier des fatigues n’a jamais été suffisant. Les beaux aguets dénouent cette plainte.

 

-2-

        Chaque parole s’étend & dure tant qu’elle peut, sans que rien ne soit à regretter ; c’est parfois une vue. Quiconque s’en sera réjoui disparaîtra tout de même, comme elle, & bien que là il n’y ait plus de peines, ce qui n’est pas n’est pas. Chaque halte n’offre qu’un repos provisoire, & devient toujours assez vite le lieu de départs neufs. & s’il y a une halte définitive elle n’est que la décomposition de nous-mêmes, & ce n’est pas vraiment le repos. Ce que ce feu là a recroquevillé ne paraîtra plus. Tout est tissé de cette brume, & cependant la mort n’est rien. Qui d’autre naîtra de cette intuition ? Déjà de nouveaux usages s’éveillent, des foudres & des éclaircies, d’autres matins clairs, d’autres sécheresses, & le milieu du pont au milieu des fantômes. Les cendres des mots n’empêcheront pas d’autres éclosions : Elle s’en passe le plus souvent. & chaque grand corps La connaît pourtant, parée d’exactitude, & s’emmitoufle de silence. Cette étendue est une nudité sans horizon, & les départs ne prouvent pas grand-chose.

 

-3-

        Quelle est cette humanité entrevue ? L’oreille lointaine d’un voyage, la vie plane dans la paix retirée & le rythme, la chimie, le beau soleil au-dessus des charniers. L’étendue ouverte & plane succède à l’étendue ouverte & plane – les pèlerins s’y font rares – chaque façon de porter une boisson à ses lèvres est singulière : partout le grand corps est vivant, disposé, disponible. & il n’y a rien au-delà de ce promontoire, car personne ne domestique le vent. Les fatigues succèdent aux fatigues, les siècles recouvrent les siècles, & tout se transforme. L’aube aimable ne dissout pas ces fatigues, mais l’été est blotti contre l’étoile, lieu parmi d’autres d’une fécondité. Le ventre de l’atmosphère accueille tous les pollens, les terres tous les ossements – les franges de l’éveil, les chairs & les distances justes des corps qui s’attirent. Dix mille soleils nous émeuvent & vrombissent, un chant se disloque à tout moment, le long du bruit indémontrable sensationnel & suffisant : la transformation n’est jamais interrompue. C’est aussi un lieu sévère où la parole n’est pas décisive. Les arbres connaissent ces sobriétés, & l’acquiescement aux vents secs.

 

-4-

        Elle n’est pas une instance qui octroie, mais la masse émue & céleste d’un grand corps ; l’infini est la grandeur de la matière, n’est-ce pas ? Nous n’habitons pas parmi La Terre, nous en sommes une expression, & ce qui est exprimé n’existe pas en dehors de ce qui s’exprime, secoué sans heurt d’un grand rire. Qu’est devenue cette humanité que les fleuves disséminaient, & ses vues, & ses gestes emplis d’échos ? Les mondes poreux ! L’étendue est vivante, la pensée est vivante, lumière modeste & solitaire & vivante, où souffle le grand vent calme.

 

-5-

        Le cœur frais de cendres, ici, nuit de pierre & jour avoué : qu’est-ce qu’un promontoire parmi l’obscurité physique ? Rien qu’un promontoire parmi dix mille autres – effluves que le vent ignore & disperse. La lumière matérielle coule & file de lisière en lisière, sans fin, sans origine : il y a un temps pour chaque plainte, & l’éternité pour se réjouir – élan de la graine au fruit, dont chaque fleur porte aussi l’intuition : le sanglot d’un papillon ivre n’est plus qu’une rumeur parmi d’autres.

 

-6-

        Rien n’est vrai : tout est réel. Chaque reflet est également impliqué par l’infini sans double. Les figures se consument sous la voûte, qui n’en est pas une mais l’affirmation sans borne. Quelle pitié pour le bétail humain ? Les montagnes ne tombent pas. Cependant le mot ruisseau ne dévale aucune pente, la brume est dix mille gouttes. Les fatigues se lavent à la fraîcheur d’une humanité plus discrète.

 

-7-

        La gravité ne dissout pas le désespoir, les pentes ne cessent pas de jaillir. Ici pourtant rien ne meurt, mais les montagnes de pluie & de ciel. Lumière les pierres ! Lumière chaque racine, chaque feuille ! Lumière l’eau que la pente enlace ! Partout : la clarté. Oui ! Le grand corps se creuse, où l’intuition s’épanche : voici l’à-propos du lieu adéquat & du moment singulier, ni perdus ni trouvés – étreinte, alignements ! & les amitiés rares & belles, un creuset où l’étoile exhale les brumes & les odeurs ! La lumière en crue ondule doucement dans les fibres, éminente, utile…mais tout est calme près des fleuves enflés, malgré le marasme de l’affectivité humaine, pénible autant que sombre. Les misères n’ont jamais fait un peuple.

 

-8-

        L’autre état est sans postérité.


 

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