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03/07/2013

l'oeil & la plume : l'oeil aux gouttes d'ombre

Vallée des brumes  Chaumont sur Loire 2010B&W.jpg
texte & photo  jlmi
 

Des mots.

Des mots tressés.

Depuis ton corps,

c’est le plus beau cadeau que j’ai reçu

 

On ne peut pas effacer ce qui a été dit.

Je ne sais même pas ce qui fut le plus cruel ni comment en parler.

Encore maintenant.

 

Mélancolie de cette  musique poussiéreuse

du vide de la tendresse

toujours prête à sourdre au dialogue de nos ombres mortes

sous une caresse de frissons acides

furieuse et douce, endolorie d’odeurs chatoyantes,

parfums piquants d’orage au goût bleuté

dans l’éclatement d’un sourire

Puisse le puissant désir

au rouge profond enceint de ciel chaud

horrible charade des couronnes d’extase

foutre le camp au-delà de la déception

dans l’en deçà de nos deux vies ou

aux avenirs ébouriffés de nos chimères

Que les vents de solitude te soient très longtemps favorables

car les étoiles exténuées s'abreuvent toujours à la sève des pierres

dans un silence à troubler l’eau claire

des percussions étouffées d’un tambour déchiré

Energies telluriques radicales

majestueuses

des orgues flottantes de nos cathédrales aériennes

immobiles dans le courant lent

et long du temps des pierres.

Nécessité des migrations

plus rien que la lumière de l’œil aux gouttes d’ombre.

 

29/06/2013

l'oeil & la plume : je n'irai même pas cracher sur vos tombes

tombe 3.jpg

texte de cathy garcia                                                                                                               photocollage  jlmi  2013

  

Je n'irai même pas cracher sur vos tombes,

cracher
la blessure originelle
qui ne guérit pas
ne peut guérir

juste vivre avec
et ainsi soit-il alléluia
marcher dans les rangs
port obligatoire
du masque social

qu'est ce qui me retient donc de m'en défaire ?

décliner une identité
comme on décline
une invitation

oui nos vies
ne sont que romans de gare
qui n'ont jamais obtenu de prix

pas de prix la vie
pourtant elle se vend s'achète
à tous les coins de rue

peut-on marcher sur des corps
sous prétexte qu'on ne les sent pas
sous ses semelles ?

et sinon à part ça ?
parler de choses plus gaies
plus intéressantes
se faire des politesses

sur des corps piétinés tellement oubliés
qu'ils en deviennent invisibles
inexistants

anonymes

jusqu'au jour où ces corps là se relèvent
pour devenir combattants de la déveine

jusqu'au jour où ces corps
reprennent consistance
par la violence
pulvérisent le sens
jusqu'au non sens

alors ON a peur.
alors ON s'indigne
ON proteste

balbutiements d'intérêt.
la violence n'a jamais été une cause
seulement un résultat

noyer diluer sous des flots de paroles
qui ne communiquent rien
seulement du bruit
du vent du paraître
de la culture vaine
puisque rien ne se fait
rien ne change

l'érudition étalée comme une pâte
trop grasse
sur la tranche maigre des jours

prétentieuse omniscience
rien ne sert de savoir la leçon
si elle demeure non appliquée

tout ça
ne sert à rien
sans le coeur sans l'humilité
sans véritable soif de justice
pour TOUS

tout ça ne sert à rien si on ne sait pas
toucher à mains nues les plaies du monde
boire au même goulot que les parias
s'immerger dans la merde

moi non plus je ne veux pas !
je ne veux plus.

la merde aussi est un résultat
c'est l'hiver
des gens vont geler dans la rue

vous les férus d'Histoire
de quelle histoire
faites-vous donc partie ?
de celle qui a enfanté
la sale gueule du monde
d'aujourd'hui ?

celle qui ferme les yeux
s'entête jusqu'à l'absurde
enrobe la lâcheté
de discours prétentieux
déguise la peur
sous des airs de raison ?

chèques de désinfection
soupirs de circonstance
à la grande messe médiatique
c'est important de se tenir
informés.

et pendant ce temps les enfants des enfants
deviennent cruels
ce n'est plus un fossé mais un abîme de néant
qui nous sépare

le mépris n'est qu'un faible rempart
l'orgueil isole
la souffrance nous rattrape toujours
et dans le miroir qui m'est tendu
je ne peux grandir

je ne peux faire que fuir
et me cogner dans les angles..

cracher
cracher sans cesse
pour ne pas étouffer
de rage de haine
cette immense peine
sortie sanglante et nue
d'un ventre froid.

in Ombromanie, Encres Vives, 2007

 

 

27/06/2013

l'oeil & la plume : l'ombre d'un doute

ilgjlm1.JPG
textes isabelle le gouic & jean-louis millet                                                                                     photo isabelle le gouic
 

 

Ecoutez tous les deux, faut que j’vous dise. Je m’interroge.  Qu’est-ce qu’on fout là. Ils nous ont collés sur ce toit terrasse dans des poses impossibles et depuis, plus rien. En plus ces c… nous ont disposés de façon à ce qu’on ne se voit pas. Pas l’ombre d’un doute, z’avaient perdu la boule. Non, moi j’crois qu’on est là pour qu’ils puissent expliquer aux gamins le truc des ombres portées et des ombres propres. Z’en dites quoi ?

 

Avouez, docteur,  que c’est étrange. Pourtant, croyez-moi, cette voix qui semblait se plaindre venait du toit. Je n’ai pas rêvé. Elle parlait d’ombres… Je sais, vous vous dîtes que le pauvre mitard que je suis est en pleine hallucination. Pas étonnant qu’un gars comme moi qui a été mis à l’ombre il y a seize ans entende des voix qui racontent des histoires de types qu’on empêche de se voir. Alors, pour en avoir le cœur net, quand j’ai entendu ça, je me suis hissé sur la pointe des pieds. J’ai collé mon oreille tout près de la lucarne. La suite, vous n’allez pas en croire vos oreilles. Et pourtant, voilà ce que j’ai entendu :

 

Taisez-vous et écoutez moi, j’ai encore rien dit mais là, j’vois quelque chose qui bouge. Comme vous pouvez pas voir, j’vous raconte. Y’a comme une oreille qui nous zieutent à travers une des étranges lucarnes percées dans l’mur face à moi. Sont bien rangées ces lucarnes, en rangs et en colonnes, y’en a beaucoup. Combien ? j’sais pas, j’ai jamais su compter. Mais là, derrière celle de tout en haut à l’extrême gauche, y’a une oreille. J’vois qu’ça. Qu’est-ce qui s’trame ?

 

 

.................. à vous lecteurs de proposer une suite ...............