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18/10/2013

l'oeil & la plume : Pagode de la Grue Jaune

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texte de anne talvaz   courtesy biennale des poètes                                                                          collage jlmi  2013
 

Nous sommes passés en taxi
sur le Pont N°1.
La brume était si épaisse
qu’on ne voyait ni la pagode,
ni le fleuve,
ni l’île aux Perroquets,
ni même l’autre bout du pont.

Cui Hao a évoqué l’île aux Perroquets.
Li Bai, le fleuve et la pagode.

Mao Zedong, le Pont N°1,
alors quelle importance
si je ne le fais pas.

C’est la brume qui est importante,
elle m’envahit la tête,
les viscères.
J’ai envie de pleurer,
car je fais corps avec la brume,
pleurer du désir assouvi
de comprendre la peinture chinoise.
Je suis une peinture chinoise
et ils revivent tous en moi,
Wang Wei, Zhang Zeduan, MaYuan,
Huang Binhong.

Et aucun d’eux n’a jamais pensé
à mettre dans sa peinture
une brave naïve occidentale de ma race
plutôt qu’une grue jaune.


17/10/2013

l'oeil & la plume : trois par trois

3x3 v2 b.jpg
texte de isabelle le gouic                                                                                                       collage jlmi  2013
 

J’ai raté le train qui roulait entre les arbres. Les arbres roulaient sous les nuages, sur le toit bleu des wagons de nuit qui allaient trois par trois. La locomotive crachait mon ennui, car la nuit me nuit, et aussi des nuages bleu nuit, trois par trois. La vapeur cachait parfois la lune qui ne montrait qu’un quartier, qu’une partie pas partie. La lune montrait l’une, parfois l’autre. Elle n’était pas entière, elle n’était qu’en tiers.

Elle brûlait l’infinité des rails à toute vapeur. Les rails rattrapaient ma solitude et je m’y rejoignais.

Les vitres me regardaient et comptaient les vaches trois par trois. Ma solitude gagnait à me perdre et je perdais mon temps autant que mes printemps. Trois par trois, mes doigts tapotaient sur l’interdiction de se pencher dehors, d’abord en français, puis en anglais et en italien. Je me penchais sur les pas qui traînaient derrière moi et je n’avançais pas. J’attendais en français puis en anglais et en italien l’instant qui ne venait pas.

La gare était invisible, la salle des pas perdus se remplissait de mes doutes feutrés, l’horloge faisait des tic tac, trois par trois puis se taisait. Tic tac trois fois et je me regardais et tombais dans mon ombre. Un deux trois, soleil ! Le soleil luit, lui, quand moi je sombre, sombre. Les rayons dénombrent mes avatars. Il est trop tard.

J’ai raté le train qui ne m’attendait pas, alors ma solitude en a pris un autre. Les passagers étaient dans ma tête et ma tête voyageait. J’étais assise devant mes doutes, je les comptais trois par trois et ça ne faisait jamais cent. Alors, sans attendre son tour, mon sang faisait trois tours. Je doutais un peu plus, je faisais le dos rond et mes comptes étaient ronds. Le contrôleur passait devant moi et ne me voyait pas. Le cliquetis de la poinçonneuse me rappelait le parfum des lilas qui s’engouffrait dans des p’tits trous, toujours des p’tits trous.

Le train où je n’étais pas était vide de toute solitude et plein de brouhaha. Il crachait sa vapeur au museau des vaches qui broutaient trois par trois et giflait la lune parfois, je ne sais pas pourquoi. Je ne sais pas pourquoi ce train là ne voulait pas de moi. Alors, je chemine, ma solitude accrochée aux rails, en français puis en anglais et en italien, trois p’tits tours et puis s’en va, dans un tortillard qui n’existe que pour moi.

J’ai raté le train qui roulait entre les arbres. Les arbres roulaient sur les nuages, sur le toit bleu des wagons de nuit qui allaient trois par trois, sans moi, sans toi. Emoi...

 

              ''Le train qui entre en gare ne prend plus de voyageurs. 

                                            Je répète : Le train qui entre en gare ne prend plus de voyageurs'' ...                                


15/10/2013

l'oeil & la plume : à la loupe tout est rituel (extrait 2)

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texte de cathy garcia                                                                                                                       collage  jlmi  2013
 
 

La chaleur a un parfum et les cigales sont hypnotiques. Le tant, le trop, la liste qui se déroule, infinie, soudain s’évapore et je me mets à désirer des choses uniques... Un apéritif légèrement amer, qui me ferait croire au luxe, avec quelques olives ou des petites choses à la saveur méditerranéenne.

Les cigales ont gagné, m’ont plongée dans un sommeil à angle droit, où les mouches, les fourmis et autres chatouilleurs me faisaient danser la Saint Guy. Réveil, proposition, évocation… Parasol et Suze méditerranée, se sont matérialisés en sirop de citron et bruit de verre brisé. J’offre mes jambes et la plante de mes pieds aux ultra-violets. L’été est là, dépouillé de tout artifice, y compris celui de l’amertume apéritive.

L’été est là, nous passons trois hivers à l’attendre et quand il est là, nous sommes bien en peine de savoir quoi en faire. Alors remontent, sournois, des souvenirs adolescents, lorsque l’été avait non seulement un sens, mais surtout un but. Le décuplement du vivre ! L’eden d’une piscine, d’une discomobile  ou d’une fête foraine, quelques glaces, quelques cacahuètes, des dents blanches, des peaux de princes hâlés, des musiques dansantes, des slips mouillés, le désir comme un fruit trop mûr, trop sucré. Le désir qui tâche et l’importance essentielle des choses futiles dont rien ni personne ne pouvaient nous détourner.