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13/11/2013

l'oeil & la plume : l'autre jour au métro des Arènes

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texte de murièle modély                                                                                                                 collage  jlmi  2013
 

L'autre jour au métro des Arènes, deux filles plutôt bien gaulées, le détail est insignifiant mais je l'ai noté,  se sont mises à hurler très fort. Cela se passait devant le portillon. Pour une banale histoire de sac, que l'une avait balancé violemment contre le postérieur de l'autre. Même si,  parce qu'elles s'excitaient, la raison initiale de l'altercation devenait dans la salle haut de plafond du métro totalement secondaire. On n'entendait plus que les connasse, les va te faire foutre, les ta mère suce des bites en enfer.
La première était très rouge parce que très claire de peau, la seconde un peu moins, et rouge et de peau. Mais leurs bouches ourlées, leurs visages parfaitement maquillés, c'est là que le détail apparemment anodin du début prend toute son importance, se déformaient bizarrement et avec constance, pour dégueuler le chapelet de saloperies. D'ailleurs le mot saloperie convenait bien à la scène. Parce qu'elles étaient mignonnes, à forte poitrine et lèvres pulpeuses, le mot salope sonnait familièrement aux oreilles. Ou comment évacuer l'absurdité des vociférations de l'une et de l'autre dans des divagations sémantiques. En regardant ces filles, j'avais pensé aux mots pétasses, cagoles, makrelles, à mon dictionnaire personnel de clichés. 
J'avais reçu réellement leurs mots en pleine gueule. J'emploie sciemment le mot gueule, il y avait une odeur fauve dans l'air, quelque chose d'animal. La peur, ou peut-être la rage. J'étais moi aussi rouge, bien que noire de peau, incapable seulement de comprendre le sens profond de nos mots.

 

 

une fille
         à la sortie du métro
  bouscule
            une autre fille
                                  gueule
             devant le portillon du métro
l'une sur l'autre
                           une fille
dégueule
                 un sac contre une hanche
        à la sortie du métro
fend
              les peaux tendues de trop
                             bouscule
                                           sur le mur du métro
de gros glaviots
                        s'enfilent
        des mots en "cule"
                                      une fille puis l'autre
                                                              dégoulinent les maux
                             à grands coups de
                      marteau
dans le métro
                      une fille  l'autre
                                     dans mon oreille


10/11/2013

l'oeil & la plume : l'assèchement du Zuiderzee ( fragment IV )

zuiderzeeextrait 4 2sepia.jpg
texte de werner lambersy                                                                                       collage  jlmi  2013
 
 

Il y a trois sortes

De poètes

 

Ceux qui parlent

Aux mots

 

Ceux à qui

Les mots parlent

 

Et ceux qui sont

Les mots

 

Il y a trois sortes

De poèmes

 

Ceux qui portent

Les mots

Ceux que le mot

Porte

 

Et ceux dont les

Mots sont des

Portes

 

09/11/2013

l'oeil & la plume : poème pour la dame qui habitait en haut de la rue

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texte de vincent                                                                                                                               collage jlmi 2013
 

 

J’ai posé ma main sur le bois

                        clair

de votre cercueil,

votre maison lorsque j’étais enfant

était le point de ralliement, on venait

là, les gosses du quartier,

fumer des clopes et boire des bières

        sans que vous le deviniez

c’est dans votre voiture que je suis

parti pour la première fois

voir le bleu de la mer,

        il y avait toujours

votre sourire, votre manière

        un peu guindée

de fumer des cigarettes fines

à la menthe

on riait souvent, et souvent

le soir, je pouvais rester

regarder la télé en couleurs.

quand on se faisait prendre

car nous étions des garnements

vous n’appeliez jamais nos

        parents et nous

avons grandi ainsi

on apprenait

la vie, on était des gamins

puis des adolescents et

votre fille qui est comme ma

sœur a lu vos mots

        au dessus de votre

        cercueil, Dieu

que vous écriviez bien,

        et votre petite

fille vous a lu un magnifique adieu

écrit de sa main juvénile, vous deviez

être fière d’elle de là-haut

et nous avons tous pleuré

        un peu plus

et votre fils qui

est comme mon frère

ne pouvait

dire un mot, étranglé

par le chagrin, moi

j’étais tout au fond

à ravaler mes sanglots

vêtu d’une stupide

(inutile et incongrue)

pudeur tout en pensant

que tous ces gens ici

vous aimaient et

surtout que,

tous ces gens ici,

vous les aimiez

et pour le bleu de la mer

        le bleu de la vie

        et le bleu de votre

        sourire

je voulais vous crier un

merci, mais vous n’étiez plus

là, alors j’ai posé la main

sur le bois clair de votre cercueil

et je l’ai murmuré comme on

parle à la douceur du vent,

le vent qui emporte

                vers le ciel les

                âmes bleus qui s’en vont

                loin des larmes de ceux

                                qui restent