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08/11/2013

l'oeil & la plume : à la loupe tout est rituel (extrait 4)

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texte de cathy garcia                                                                                                                     collage  jlmi  2013
 

Dans ce bureau là, on prend aussi une poche en papier pleine de haricots verts frais qu’on écosse, assise par terre, entouré de trois poules, qui mangent chacune leur tour le bout pointu du haricot. Recyclage immédiat et plein de charme, n’en déplaise aux urbains férus et invertébrés. Puis, après avoir mis les haricots à cuire à la vapeur douce, douce c’est important – les cocottes-minutes explosent les molécules de vos légumes, en détruisant saveur et bienfaits (rubrique le saviez-vous ?), nous reprenons le concerto pour marées et silence, là où on l’avait laissé. On le reprend pile poil sur un poème de Guy Chaty, de circonstances pourrait-on dire : l’envol. Pour cela, on a pris soin de déplacer la chaise longue de travail, là où le soleil déclinant pose, vous savez, cette lumière de miel transparente. Derrière moi les potimarrons font les malins et un buisson de mauve joue des transparences, émeraudes cette fois. Une des poules, Kâla, c’est son nom, vient de glousser de plaisir en passant devant moi. J’en suis tout émue. Ces pauvres poules ont peu de liberté maintenant, après un été de renards.

 

06/11/2013

l'oeil & la plume : des gouttelettes de vie dans ma main pleine de morve

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texte de bruno toméra                                                                                                                     collage  jlmi  2013
 

 

Je marche à ses cotés

Elle tient contre son cœur

Contre sa blouse tachée de terre

Une lettre chiffonnée

On dirait un clown avec ses pompes de sécurité

Elle pleure ça lui fait un nez en compote

C’est tout mélangé

Elle pleure, elle ne sait plus qui elle est

Elle ne veut plus savoir qui elle est

Elle trébuche sur elle-même

Elle s’effondre sur son ombre

Elle s’abat contre mon ombre

On se regarde dans ce miroir inversé

Et puis les mots l’apaisent

Et puis les mots la grandissent

Et puis les mots la soulèvent

Elle a le visage badigeonné

On a pas de mouchoir

Je prends la lettre de licenciement

Et lui essuie le nez et lui dis

"Mouche toi et crache là-dedans

C’est tout ce que ça vaut."

 

05/11/2013

l'oeil & la plume : Bangladesh 1971

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texte de kaiser hacq   courtesy la biennale des poètes                                                                       collage  jlmi  2013
 

 

Je me risque enfin à sortir,
Cligne des yeux, le regard coupable
Et me tâte la gorge
Comme si je portais une cravate

L’Obscurité enfumée fond comme la peur
Sur la pierre et le coeur des hommes.
Comment, et à partir de quoi, va-t-on désormais produire de l’art ?
Les flammes, la mort, puis les cendres consument le feu.

Le sang des condamnés macule notre sommeil,
Comme une question qui suspend la plume au-dessus de la feuille,
Les doigts inhabiles ne trouvent pas la chair qu’ils cherchent,
Mon amour n’est que vapeur et cependant je ne pleure pas.
L’aube s’agite comme une souris; qui donc frappe à la porte ?

Saidpur Cantonment, 1972
Traduit de l’anglais par Olivier Litvine