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26/04/2017

l'oeil & la plume... dans ta gueule

Cathy Garcia  le Gardien  2016.jpg
texte et illustration cathy garcia

 

 

On parle beaucoup de poésie mais on n’aime pas les poètes, je parle des vrais, des malades. C’est comme un abcès, qui met longtemps à mûrir, c’est énorme, c’est sale, et le jour où il se perce, ça gicle partout…. Écriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiire, écriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiire…. Dans ta gueule ! Ta puante et hypocrite gueule de normalité. Relookée, rasée de près, taillée au carré, préenregistrée, désensibilisée, bien adaptée, bonne suceuse. Ta gueule de pelouse, de pub, de marque, de marketing, de tuning, de timing, de fucking néant. Ta gueule en série des quatre saisons, ta gueule smartphone, ta gueule aphone, aveugle, ta gueule en plis, ta gueule en pack, ta gueule en fion dégoulinant de crème. Je ne peux plus la voir ta gueule, multipliée par les allées de caddies, ta gueule parking, ta gueule d’attraction, ta gueule en costard !

Ta gueule en faux-derche, ta gueule positive, ta gueule opportuniste, ta gueule arriviste, ta gueule suppositoire, elle leur fait mal au cul aux poètes. Le cul, ça ne lâche pas des volées de moineaux non, ça évacue la merde c’est tout. Ça n’existe pas un cul poète, pas plus que les poètes d’ailleurs, c’est une excuse, une salle d’attente. Il y a juste ceux qui peuvent et ceux qui ne peuvent pas, pour ceux qui ne peuvent pas, la poésie c’est la bouée, le parapet où se retenir pour ne pas chuter dans le vide, c’est le mouchoir où cracher de délicats grumeaux tachés d’un sang qui ne s’enlève pas au lavage. C’est bon pour les électrochocs les vrais poètes, ceux qui se cachent sous la poésie, qui se terrent dans la poésie avant de se taire pour de bon. Se taire parce que quoi dire ? Cette chair de l’âme à vif, invisible, mais tellement à vif, ça fait un putain de mal, on ne peut pas imaginer à quel point ça fait mal, c’est le résultat d’un immonde entassement d’ordures. Le poète, le vrai, le malade, c’est un aimant à ordures, à saloperies, tout le monde peut en profiter, c’est la poubelle de l’humanité. A vif et plein à craquer de tes merdes, de tes bassesses, de tes mensonges, de ton paraître, de tes lâchetés, de tes kilos de masques et de prétentions, de tes peurs niées, de ta méchanceté, de tes manigances, humain, sale con ! Comme s’il n’était pas déjà assez lourd de ses propres ordures le con poète ! Mais il est tellement creux, le poète, le vrai, le malade, tellement creusé, raviné, et les années passent et toujours plus d’ordures. Le poète c’est un humain raté. Pollué de sensiblerie. Pas bon pour la course. Bon pour la casse. Drôle à casser. Un jeu de fête foraine, on peut lui tirer dessus, lui cogner dessus, le faire tourner vite, de plus en vite et puis le lâcher comme un ballon, souffler dedans jusqu’à ce qu’il pète, lui balancer des fléchettes. On peut lui vomir dessus son trop-plein de pop-corn, de pommes collantes d’amour, de crânes tondus ou de barbus à papa. On peut lui vomir dessus ses restes de beuveries d’honnête travailleur. On peut le piétiner de toute la haine qui reflue du vase de décompression de la bienheureuse norme.

On peut tout faire avec un poète, et surtout rien, car qu’as-tu de commun toi avec cette pleureuse, ce parasite, cette fiotte ? Rien hein, absolument rien en commun ! Avec cet allochtone, il n’est de nulle part le poète, il est tombé de la lune, du plafond, il a surgi d’un tas de merde comme ça et il déclame. Mais pas tous. Ils ne déclament pas tous, au contraire, il y en a qui la ferment, qui la bouclent, qui la verrouillent, qui la recousent la plaie par où ils ont fauté… Ce sont les pires, les poètes silencieux, les poètes qui ont renoncé au crayon, à la plume au fion, qui parfois n’ont jamais écrit ne serait-ce qu’une ligne, ils dégagent vraiment de mauvaises ondes. Tellement ils sont bourrés à craquer de poésie, et ça sort pas, ça reste là dedans, à pourrir avec toutes les autres ordures, innombrables, qu’on leur a balancé depuis qu’ils sont nés. Ils s’acharnent à en faire quelque chose, à ne pas mourir étouffés, définitivement empoisonnés, ils recyclent, ils se racontent des histoires, des tas d’histoires, ils voudraient bien avoir eux aussi une gueule positive, une gueule de puissance, une gueule de caddie plein. Une gueule passe-partout, une gueule passeport pour la normalité, une gueule nombril du monde.

 

extrait de ©Ourse bipolaire

 

25/04/2017

l'oeil & la plume... plaintes des graffitis aux murs qui ont mal

amants10.jpg
texte de jlmi   ill.  les amants du pont neuf de léos carax

 


 
Eh !
Tête dans l’sac,
j’te parle !
Arrê_teu d’faire semblant d’pioncer
Dis moi c’que t’as r’senti
quand t’es sorti d’ta solitude ?
Une flam' noire,
une boule d'vide
un truc comme ça ?
Ou p’t’êt’e bien
une assemblée d’gueules en for_me d’fugue ?
Réponds merde !
J’veux savoir, êt’e prêt, t'comprends.
Ben oui,
toi t’étais armé pour ça,
rapport à ton âge à s’qu’on dit !
Moi j’suis jeune, j’ai pas d’cv, j’suis paumé, c’est tout.
Même les meufs s’fou_tent d’ma gueule maintenant,
T’sais c’qu’elle m’a dit la dernière ? 
Qu’j’étais : « une épave mélancolique
des choses de la vie
perdue entre les cuisses
d’un absurde hasard
trou de néant cerné de vide
aux pestillentes désinvoltures
de varechs intimes. 
Une merde quoi !»
T’en r’viens pas hein ! M'non plus,
j’en ai pris un vieux coup…
Y’a plus d’paroles
Comment j’ai pu m’en rappeler d’sa tirade ?
Ben, j’y ai fait répéter plusieurs fois
j’sais bien qu’jai les neurones un peu poncé à l’alcool
alors faut c’qui faut, non ? Enfin,
Un vrai toit d’rouille sur la tête j’te dis.
Alors tu m’réponds ?
Qu’j’te répéte la question !
Bon, j’ai compris, tu veux pas m’répondre.
C’est p’t’êt’e que tu peux pas,
p’t’êt’e pa’ce que t’es pas sorti d’ta solitude…
Bon ben j’te laisse hein
p’t’êt’e qu’un d’ces quat’…

 

30/03/2017

l'oeil & la plume... 俳句 haïku

marteaucorso02contrast.jpg
texte gregory corso                                                                                                           collage   jlmi  2014

 

 

A man crosses the street
I stand on the corner applauding him
-- he made it !

Un homme traverse la rue
Du coin de la rue je l'applaudis
-- il a réussi !

By the hammer
By the blow
-- the nail finds its way

Par le marteau
Par le coup
-- le clou trouve le chemin

The mother's talk
The child's ear
-- the plans of a kingdom burn

Les paroles de la mère
Les oreilles de l'enfant
-- les plans d'un royaume brûlent

 

 

Source  http://gregorycorso.free.fr/extraits.html#top2 

merci Thierry