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20/12/2017

l'oeil & la plume... la maladie de mercure

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texte de fanny sheper                                                                             Hg, Pb & reclining Girl   jlmi 2013
 

 

La maladie de mercure

 

Je porte des gants de mercure

Et des bottes de plomb

Chaque pas m’en coûte un million

Chaque geste est une lutte dans le néant

Mon temps est élastique

Car mes longues traînes de glaise

M’empêchent d’être à l’heure

Ne me pressez pas

J’ai beau me hâter

C’est un désert que je traverse

Pour arriver jusqu’à vous

Marcher c’est enfoncer son pied

Dans une terre putride et molle

Avancer, c’est encore plus dur que de parler

Rencontrer ? Impossible.  

Trop de mouvements, trop d’incertitudes

L’avenir me fatigue, j’aimerai rester ici

Trouver l’endroit, où l’on ne bouge pas.

J’ai la maladie de mercure

Celle pour laquelle, je suis toujours en cure

Celle qui rend chaque mouvement

Traversée de l’océan

Celle qui anéantit l’action

Le projet, la vie.

Mon corps n’est que sable mouvant

Plus d’espoir d’amélioration

J’ai la maladie de mercure

Le mal que les actifs

Nomment paresse

Sans savoir qu’une vie de plomb

 

N’est pas une vie de fainéant

 

 

18/12/2017

l'oeil & la plume... écrire pourtant

 

banksy-02.jpg
texte de cathy garcia                                                                                               illustration ©Banksy*

 

 

Je n’arrive pas à écrire quand le sang, le chaos, les cris,

Les hurlements obstruent toute pensée

Je n’arrive pas à écrire quand la honte et l’impuissance

Paralysent toute pensée

Je n’arrive pas à écrire quand tant d’autres meurent pour rien, assassinés

Palestine ou ailleurs, assassinés par le pouvoir et la cupidité

Par l’arrogance et la bêtise

Je n’arrive pas à écrire quand je regarde jouer mon enfant  

Et que je l’imagine sous des décombres

En morceaux, la tête arrachée

Je n’arrive pas à écrire quand je sais que le mensonge

Le cynisme et l’indifférence règnent en maîtres

Je n’arrive pas à écrire car les mots me paraissent vides, creux

Incapables de panser des plaies, de rebâtir des maisons

De reconstruire des vies, d’effacer les cauchemars

Destruction totale de la dignité

Rien, RIEN, ne justifie un massacre

Mais humains nous le sommes tous

Et la douleur, l’injustice appellent vengeance

Et la vengeance appelle la douleur et l’injustice

Cercle vicieux donc nous ne sortirons

que par la reconnaissance du tort infligé à autrui

le combat contre l’ignorance

Je n’arrive pas à écrire parce que l’homme est la plus bestiale des bêtes

Et la plus lumineuse aussi quand il reçoit d’on ne sait où une étincelle de sagesse

Je n’arrive pas à écrire car les mots ne réparent pas la mort

Je n’arrive pas à écrire parce que les mots peuvent aussi devenir des bombes

Que je voudrais déverser sur bien des dirigeants de ce monde

J’ai honte
J’ai honte
J’ai honte

Le nom d’Homme me fait honte.

 

(extrait de Guerre et autre gâchis)     

 

 

 *En 2008, Banksy a fondé le projet «Santa’s Ghetto» en réalisant des peintures sur le mur de Bethléem afin de redonner espoir aux habitants palestiniens. Notamment cette colombe, symbole de paix.

 

17/12/2017

l'oeil & la plume... avant les premiers frimas

 

Intermède estival avant d’immanquables jours d’hiver

 

 

 

Frank Natalie 2007 Manda.jpg

texte de bruno toméra                                                              ill. d'après Natalie Frank

 

 

 

Nue, elle ne portait qu’un chapeau de paille

sur ses longs cheveux bruns,

elle écrivait à mon goût de mauvais poèmes de guéridon

derrière une astronomique baie vitrée

face au chemin communal,

à 49 ans elle était belle, le temps s’essoufflait à la rattraper.

Tous les hommes défilaient devant la très confortable masure,

des rabougris claudicants, des gamins rigolards,

des vieux schnocks aux mégots asphyxiés,

des coureurs de fond du dimanche au ralenti,

de romantiques ados émoustillés et graves,

de jeunes péquenots sur leur rutilant tracteur à cent millions,

un vrai boulevard.

Quand elle me prenait la tête

avec ses interrogations insipides & nostalgiques

du genre ‘’Pourquoi ce monde est-il si injuste ?’’

‘’ Mon existence a-t-elle un sens ?’’ ‘’Patati & patata ?...’’

je fonçais droit au bistrot du village

valider mon loto et me reteinter aux rouges limés.

Les sourires entendus des habitués du zinc

semblaient me dire qu’ils en savaient plus que moi

sur mon intimité et c’était peut-être vrai.

Bourré, je rentrais écouter ses dernières créations poétiques

sur le comment indigné du cela et le pourquoi vengeur du ceci, c’était pleurnichant.

Englué à la guimauve,

j’avais beau lui rabâcher qu’il n’y avait pas de réponse

dans le bric & le broc du monde,

tout au mieux on pouvait enjoliver une question

et si c’était toujours une question

ça prenait l’apparence d’une réponse dans la tête des crédules, l’esbroufe faisait tourner la vie depuis des lustres,

Darwin avait mis le doigt dessus

et dieu en était retourné jouer le représentant de commerce

dans un univers parallèle.

Elle me regardait fâchée  & vexée,

je la prenais dans mes bras

et n’avait que l’effort de lui ôter son chapeau de paille.

Elle écrivait à mon goût de mauvais poèmes

mais elle baisait comme seule une poétesse sait le faire.