Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

11/05/2018

l'oeil & la plume... le désespoir du singe

araucaria recadrcontrast.jpg
texte de murièle modély                                                                                         collage  jlmi  2014
 

 

 

Il est à la fenêtre
dos à la lumière

Il lui demande
si elle s’ennuie

En bas, c’est la fête
des rires étouffés escaladent le mur
de sonnailles juvéniles et de faux carnavals


Il lui demande
si elle entend

Ce bonheur qui monte
agrippé aux lézardes

Si elle sent cette odeur
qui filtre entre les branches

Si elle aperçoit sous l’arbre
la jeunesse qui file

Si elle discerne au loin
les hormones qui passent

Dans les poignées de poils
cet impérieux trop plein

Il lui demande


Elle n’entend rien
que l’araucaria

qui dépiaute le monde
de ses épines tendres

Elle devine en cillant
son visage un peu mou

Sous les aiguilles fines
des humeurs assassines

Elle distingue le flot
de couleurs qui bavent

Et dans l’ombre qui baigne
la pièce de ses feuilles

elle sent sur sa joue
la virgule


Elle murmure
« Je suis vide comme une vieille seringue »

Il lui répond à contre-jour
« Pas que »

 

10/05/2018

l'oeil & la plume... à la loupe tout est rituel (extrait)

poule_livre.jpg
texte de cathy garcia                                                                                                                     collage  jlmi  2013
 

Dans ce bureau là, on prend aussi une poche en papier pleine de haricots verts frais qu’on écosse, assise par terre, entourée de trois poules, qui mangent chacune leur tour le bout pointu du haricot. Recyclage immédiat et plein de charme, n’en déplaise aux urbains férus et invertébrés. Puis, après avoir mis les haricots à cuire à la vapeur douce, douce c’est important – les cocottes-minutes explosent les molécules de vos légumes, en détruisant saveur et bienfaits (rubrique le saviez-vous ?), nous reprenons le concerto pour marées et silence, là où on l’avait laissé. On le reprend pile poil sur un poème de Guy Chaty, de circonstances pourrait-on dire : l’envol. Pour cela, on a pris soin de déplacer la chaise longue de travail, là où le soleil déclinant pose, vous savez, cette lumière de miel transparente. Derrière moi les potimarrons font les malins et un buisson de mauve joue des transparences, émeraudes cette fois. Une des poules, Kâla, c’est son nom, vient de glousser de plaisir en passant devant moi. J’en suis tout émue. Ces pauvres poules ont peu de liberté maintenant, après un été de renards.

 

09/05/2018

l'oeil & la plume... Montagnité

350neg.jpg
texte le Salut invérifiable d'un Idiot souterrain                                                                     la Nasse jlmi  2008
 

 

-1-

        L’étoilement est infini, c’est-à-dire dans tous les sens : les solitudes ne font pas un peuple, & mendier des fatigues n’a jamais été suffisant. Les beaux aguets dénouent cette plainte.

 

-2-

        Chaque parole s’étend & dure tant qu’elle peut, sans que rien ne soit à regretter ; c’est parfois une vue. Quiconque s’en sera réjoui disparaîtra tout de même, comme elle, & bien que là il n’y ait plus de peines, ce qui n’est pas n’est pas. Chaque halte n’offre qu’un repos provisoire, & devient toujours assez vite le lieu de départs neufs. & s’il y a une halte définitive elle n’est que la décomposition de nous-mêmes, & ce n’est pas vraiment le repos. Ce que ce feu là a recroquevillé ne paraîtra plus. Tout est tissé de cette brume, & cependant la mort n’est rien. Qui d’autre naîtra de cette intuition ? Déjà de nouveaux usages s’éveillent, des foudres & des éclaircies, d’autres matins clairs, d’autres sécheresses, & le milieu du pont au milieu des fantômes. Les cendres des mots n’empêcheront pas d’autres éclosions : Elle s’en passe le plus souvent. & chaque grand corps La connaît pourtant, parée d’exactitude, & s’emmitoufle de silence. Cette étendue est une nudité sans horizon, & les départs ne prouvent pas grand-chose.

 

-3-

        Quelle est cette humanité entrevue ? L’oreille lointaine d’un voyage, la vie plane dans la paix retirée & le rythme, la chimie, le beau soleil au-dessus des charniers. L’étendue ouverte & plane succède à l’étendue ouverte & plane – les pèlerins s’y font rares – chaque façon de porter une boisson à ses lèvres est singulière : partout le grand corps est vivant, disposé, disponible. & il n’y a rien au-delà de ce promontoire, car personne ne domestique le vent. Les fatigues succèdent aux fatigues, les siècles recouvrent les siècles, & tout se transforme. L’aube aimable ne dissout pas ces fatigues, mais l’été est blotti contre l’étoile, lieu parmi d’autres d’une fécondité. Le ventre de l’atmosphère accueille tous les pollens, les terres tous les ossements – les franges de l’éveil, les chairs & les distances justes des corps qui s’attirent. Dix mille soleils nous émeuvent & vrombissent, un chant se disloque à tout moment, le long du bruit indémontrable sensationnel & suffisant : la transformation n’est jamais interrompue. C’est aussi un lieu sévère où la parole n’est pas décisive. Les arbres connaissent ces sobriétés, & l’acquiescement aux vents secs.

 

-4-

        Elle n’est pas une instance qui octroie, mais la masse émue & céleste d’un grand corps ; l’infini est la grandeur de la matière, n’est-ce pas ? Nous n’habitons pas parmi La Terre, nous en sommes une expression, & ce qui est exprimé n’existe pas en dehors de ce qui s’exprime, secoué sans heurt d’un grand rire. Qu’est devenue cette humanité que les fleuves disséminaient, & ses vues, & ses gestes emplis d’échos ? Les mondes poreux ! L’étendue est vivante, la pensée est vivante, lumière modeste & solitaire & vivante, où souffle le grand vent calme.

 

-5-

        Le cœur frais de cendres, ici, nuit de pierre & jour avoué : qu’est-ce qu’un promontoire parmi l’obscurité physique ? Rien qu’un promontoire parmi dix mille autres – effluves que le vent ignore & disperse. La lumière matérielle coule & file de lisière en lisière, sans fin, sans origine : il y a un temps pour chaque plainte, & l’éternité pour se réjouir – élan de la graine au fruit, dont chaque fleur porte aussi l’intuition : le sanglot d’un papillon ivre n’est plus qu’une rumeur parmi d’autres.

 

-6-

        Rien n’est vrai : tout est réel. Chaque reflet est également impliqué par l’infini sans double. Les figures se consument sous la voûte, qui n’en est pas une mais l’affirmation sans borne. Quelle pitié pour le bétail humain ? Les montagnes ne tombent pas. Cependant le mot ruisseau ne dévale aucune pente, la brume est dix mille gouttes. Les fatigues se lavent à la fraîcheur d’une humanité plus discrète.

 

-7-

        La gravité ne dissout pas le désespoir, les pentes ne cessent pas de jaillir. Ici pourtant rien ne meurt, mais les montagnes de pluie & de ciel. Lumière les pierres ! Lumière chaque racine, chaque feuille ! Lumière l’eau que la pente enlace ! Partout : la clarté. Oui ! Le grand corps se creuse, où l’intuition s’épanche : voici l’à-propos du lieu adéquat & du moment singulier, ni perdus ni trouvés – étreinte, alignements ! & les amitiés rares & belles, un creuset où l’étoile exhale les brumes & les odeurs ! La lumière en crue ondule doucement dans les fibres, éminente, utile…mais tout est calme près des fleuves enflés, malgré le marasme de l’affectivité humaine, pénible autant que sombre. Les misères n’ont jamais fait un peuple.

 

-8-

        L’autre état est sans postérité.

 

 

350.jpg