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18/12/2017

l'oeil & la plume... écrire pourtant

 

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texte de cathy garcia                                                                                               illustration ©Banksy*

 

 

Je n’arrive pas à écrire quand le sang, le chaos, les cris,

Les hurlements obstruent toute pensée

Je n’arrive pas à écrire quand la honte et l’impuissance

Paralysent toute pensée

Je n’arrive pas à écrire quand tant d’autres meurent pour rien, assassinés

Palestine ou ailleurs, assassinés par le pouvoir et la cupidité

Par l’arrogance et la bêtise

Je n’arrive pas à écrire quand je regarde jouer mon enfant  

Et que je l’imagine sous des décombres

En morceaux, la tête arrachée

Je n’arrive pas à écrire quand je sais que le mensonge

Le cynisme et l’indifférence règnent en maîtres

Je n’arrive pas à écrire car les mots me paraissent vides, creux

Incapables de panser des plaies, de rebâtir des maisons

De reconstruire des vies, d’effacer les cauchemars

Destruction totale de la dignité

Rien, RIEN, ne justifie un massacre

Mais humains nous le sommes tous

Et la douleur, l’injustice appellent vengeance

Et la vengeance appelle la douleur et l’injustice

Cercle vicieux donc nous ne sortirons

que par la reconnaissance du tort infligé à autrui

le combat contre l’ignorance

Je n’arrive pas à écrire parce que l’homme est la plus bestiale des bêtes

Et la plus lumineuse aussi quand il reçoit d’on ne sait où une étincelle de sagesse

Je n’arrive pas à écrire car les mots ne réparent pas la mort

Je n’arrive pas à écrire parce que les mots peuvent aussi devenir des bombes

Que je voudrais déverser sur bien des dirigeants de ce monde

J’ai honte
J’ai honte
J’ai honte

Le nom d’Homme me fait honte.

 

(extrait de Guerre et autre gâchis)     

 

 

 *En 2008, Banksy a fondé le projet «Santa’s Ghetto» en réalisant des peintures sur le mur de Bethléem afin de redonner espoir aux habitants palestiniens. Notamment cette colombe, symbole de paix.

 

17/12/2017

l'oeil & la plume... avant les premiers frimas

 

Intermède estival avant d’immanquables jours d’hiver

 

 

 

Frank Natalie 2007 Manda.jpg

texte de bruno toméra                                                              ill. d'après Natalie Frank

 

 

 

Nue, elle ne portait qu’un chapeau de paille

sur ses longs cheveux bruns,

elle écrivait à mon goût de mauvais poèmes de guéridon

derrière une astronomique baie vitrée

face au chemin communal,

à 49 ans elle était belle, le temps s’essoufflait à la rattraper.

Tous les hommes défilaient devant la très confortable masure,

des rabougris claudicants, des gamins rigolards,

des vieux schnocks aux mégots asphyxiés,

des coureurs de fond du dimanche au ralenti,

de romantiques ados émoustillés et graves,

de jeunes péquenots sur leur rutilant tracteur à cent millions,

un vrai boulevard.

Quand elle me prenait la tête

avec ses interrogations insipides & nostalgiques

du genre ‘’Pourquoi ce monde est-il si injuste ?’’

‘’ Mon existence a-t-elle un sens ?’’ ‘’Patati & patata ?...’’

je fonçais droit au bistrot du village

valider mon loto et me reteinter aux rouges limés.

Les sourires entendus des habitués du zinc

semblaient me dire qu’ils en savaient plus que moi

sur mon intimité et c’était peut-être vrai.

Bourré, je rentrais écouter ses dernières créations poétiques

sur le comment indigné du cela et le pourquoi vengeur du ceci, c’était pleurnichant.

Englué à la guimauve,

j’avais beau lui rabâcher qu’il n’y avait pas de réponse

dans le bric & le broc du monde,

tout au mieux on pouvait enjoliver une question

et si c’était toujours une question

ça prenait l’apparence d’une réponse dans la tête des crédules, l’esbroufe faisait tourner la vie depuis des lustres,

Darwin avait mis le doigt dessus

et dieu en était retourné jouer le représentant de commerce

dans un univers parallèle.

Elle me regardait fâchée  & vexée,

je la prenais dans mes bras

et n’avait que l’effort de lui ôter son chapeau de paille.

Elle écrivait à mon goût de mauvais poèmes

mais elle baisait comme seule une poétesse sait le faire.

 

 

 

16/12/2017

le ciseau & la plume... à fleur de peau

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nina bouraoui                                                                                   ill. jlmi 2012

 

 

Je suis la peau buvard

 

sculpture poétique de jlmi sur Mes mauvaises pensées
de Nina Bouraoui 

 

 

Il faut de l’imagination pour vivre. Je reconnais mille visages en un, ce sont des couches que j’arrache une par une pour me venger de moi. Cette vengeance consiste à détruire mon affection, à détruire ma faculté à aimer, à exister.

Une image floue de moi à côté de moi.

 

J’ai parfois le sentiment étrange de perdre la tête, d’avoir une fissure au cerveau

C’est la peur qui dévore le cerveau, c’est la peur qui dévore le corps, c’est la peur qui brise les liens.

Je n’ai pas peur du noir, je n’ai pas peur de la mort, je n’ai pas peur du vide, ce vide qui se creuse à l’intérieur de soi.

J’ai peur des autres. J’ai peur de ma violence qui reste sous ma peau. Seule la beauté brouille cette peur, la beauté se pose sur la peur comme un voile.

Je n’ai aucun désir du monde.

Il y a un vertige de la solitude, il y a un vertige du corps.

Mon cœur est plus fort que la terre, mon corps est plus fort que le ciel, mon cœur porte mon corps.

Je ne me retiens jamais.

 

Il n’y a aucune limite dans mon temps, c’est une forme de liberté. Je suis là en tant que moi-même, je ne suis d’aucune guerre, je ne suis d’aucune rançon.

Je sais nier la douleur, je sais nier le chagrin, je sais nier… la peau buvard qui fera écrire… qui fera rougir aussi.

Je suis la peau buvard de ce monde.

Les larmes ne lavent d’aucun chagrin. Les larmes entrent dans ma peau buvard.

C’est par mon silence que rien ne change.

 

Est-ce que l’écriture est une arme ?

Des antennes collées au papier, il y a de cela dans l’écriture qui serait alors fixer la vie. Ecrire ce que je vois est ma façon d’habiter l’existence, c’est ma façon de fermer ma peau. Les livres sont aussi des secrets révélés dans la nuit des mots.

Il y a un sentiment de pouvoir dans l’écriture qui avance, c’est une façon de marquer le temps. L’écriture est l’écriture du mouvement de la vie.

 

Est-ce que la mort n’est pas comme une invasion ?

On descend le cercueil dans le trou, c’est lent, c’est sourd, c’est le bruit de la mort, puis le bruit de la terre par poignées.

La vie lentement se pose sur l’idée de mort.

La mort devient un petit point noir parmi les milliers de points de feu qui constituent le soleil.