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24/02/2017

l'oeil & la plume... au comptoir du troquet de la gare

Myriam OHsmall.jpg
 texte de myriam ould hamouda     ill. jlmi  2017

 

 

les soirs où la vie manque de poésie
où la nuit n'est même pas encore tombée
que tous les songes sont gris
sous la lune déjà pleine il y a des types vidés
dont les épaules plient à force de porter
la misère d'un monde
qui les a oubliés, disent-ils
il y a des types vidés qui traînent au bord
de ce jour qui n'en finit pas
au comptoir du troquet de la gare.
ils ont les mains qui tremblent et le visage marqué
par les mauvais coups d'une existence
qui n'aurait jamais dû être la leur, disent-ils
eux, ils rêvaient d'autre chose
mais l'éclat de leurs yeux est passé
avec ce temps qu'ils ne rattraperont plus
eux, ils rêvaient d'autre chose
ils ne se souviennent plus vraiment de quoi
mais certainement pas
du comptoir du troquet de la gare.
ils ont le front plissé et le regard absent
des chercheurs qui s'échinent
à veiller tard pour trouver ce qui leur échappe
et les yeux dans leur bière
ils cherchent
la poésie qui manque à leur vie
à repousser ce moment où il faudra bien
affronter le noir et le froid
alors en attendant ils se réchauffent un peu
au comptoir du troquet de la gare.
les soirs où la vie manque de poésie
parfois je croise le regard d'un de ces types-là
qui semblent jouer avec la lune
à qui sera le plus plein
un regard qui s'assoit sur les règles de bienséance
qui éructe comme ça
"et toi, qu'est-ce que tu fous là?"
alors je m'avachis
comme la nuit tombe enfin
sur le comptoir du troquet de la gare.
(et je rêve de Prévert)

 

publié dans Nouveaux Délits n°56

 

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