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10/04/2014

l'oeil & la plume... mordre le temps de mort

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texte cathy garcia                                                                                                           illustration  cg+jlmi  2014
 

Pieds-nus parmi les ruines
Nous, vagabonds
Avons tissé nos nids
De copeaux et de mousse
Et allons pisser dans la marge
Un jus de corde ambrée
Vin charnu des ombellifères
La croupe des horloges sabrée
L’épine fichée dans un tiroir
Et le sort en est jeté

Draps de limaille, croix de silice
Le temps ferre l’agonie
Le temps de mort
Des pays de sang
Mais nous irons arracher
Les racines de la folie
De la bouche noire des fantômes

Aspiration au nu animal
Aux nœuds de foudre
À l’eau pure sur les visages
Intensité du désir
Du souffle
Sous les semelles

Joie et salive du ciel
L’Amour des instants funambules
Nerveuses nervures de pluie
Douleur orgasmique
Les flèches X d’empathie

La vipère du bonheur
A mordu si vivement
Le temps de s’en apercevoir
Elle avait déjà disparu
Juste une couture invisible
Dans le poli de la gorge
L’Ombre et son sillon gravé
Au creux des charbons
Nos mains dépliées
Les dés d’argile roulent
Comme des perles
Les bêtes de potence
Sautent des falaises
Nous jetons leurs os
Dans les vasques de brume
Là où les crapauds boulimiques
Mangent des braises d’orage


Si la vibration laiteuse
D’un pinceau
Trace des archipels
Aux flancs des oiseaux
Nous respirons ce vide précieux
Plongeons dans l’océan du ciel
Récitons ses litanies
Avec ce fragment de sel
Qui crépite sur la langue


Cabanes tremblantes
Ruisseaux de thé
Et la nuit mouillée
Troublante au-delà des digues
Et que viennent
Les poissons de l’aube
Pour éponger nos âmes


Bientôt nous irons nous aimer
La tête ourlée de pluie
Couchés dans le foin
Avec dans le cœur
Un rêve encore salé
Nos poitrines sentiront
La sauge et le lilas

Nous irons allumer
Un feu de souches veinées
Dans le taillis des rides
Au jardin des lèvres retroussées
Nous mordrons la pulpe de joie
Lècherons le galop
Des chevaux de calcaire
Goûterons le fluide
Des chenilles sanguines
En compagnie des loqueteux
Dans la vallée des cerises


L’élan suave oui, de l’amour
Cette vague confuse et malicieuse
Nous la laisserons parcourir les ravins
D’églantiers et de marguerites
Même si l’inquiétude grouille
Sous la rocaille
Puis nous fuguerons vers les friches
Les montagnes en fleurs
Avant que la cellule et l’effroi
Les mailles envers endroit
Les crochets du givre
Ne déchirent nos duvets


L’orage nous clouera à mort
Sur les portes sorcières
Des bûchers de la nuit
Brèche illusoire
Mirage hybride
Quand pénètre par le sang
L’haleine des fougères ivres
D’un vin à boire
À même la bouteille

Boire et cingler le jour
Plein de moineaux ébouriffés
Sortis de sa cruche
Tandis que s’envole
La chimère libre et merveilleuse

Nous irons célébrer l’élan
Avant le vermoulu de la neige
Et du vieux bois d’hiver
Quand les sarments seront noirs
Et qu’il nous faudra être chaste
À cause des filets tendus
Pour les papillons perdus


Nous invoquerons
Le serpent sorcier
Son sillage envoutant
Sur les parois des canyons
Des torches entre les paumes
Pour éclairer ses entrailles
Poudre de suif baroque
Le frisson sur la nuque
Et des visions dans le ventre


Nous poursuivrons le vertige
Entre les cendres du rêve
Une mélopée de toute beauté
Un doux parfum
De lune et de sang frais
Qui fait ululer les hiboux


À l’aube, le sombre de la forêt
Planté dans le terreau de l’échine
Ou glissé dans un mouchoir de peau
Avec le baptême des sèves
La caresse des fumées
La rosée des broussailles
Et le poivre des dentelles



Avant qu’il ne faille démêler
Dans la chambre d’automne
Le pelage et les ronces
Le miroir aux corneilles
Et les linges souillés
Il nous faudra suivre
Le sentier de cire
Trouver la gâtine
Où l’on a brûlé les lucioles
De nos crânes roussis


Un bouquet de miel pourrissant
Dans le crépuscule de paille
L’obsession d’une prairie fruitée
Bourgeon de tourterelle
Feuille de pommier
Sur les veines de l’initié
Le mystère qui ruisselle
Dans un losange de lumière


Nous goûterons ce miel sidéral
La sueur des calices au goût de citron
La saveur tendre d’une pluie défenestrée
L’encre douce de l’âme
Cette flaque à boire
À la frêle cuillère
Entre l’os et l’humus
Dans les maquis du silence


Alors que nos paupières sont sujettes
À de fécondes éclipses
L’eau des arcs en ciel
Au mat de papier
Devient élixir


Dans le clos des balançoires
Au doux cliquetis de résine
Il y a des bouffées de mensonges
Le miel se défait au centre
Des vergers dépouillés
De nos errances
Demeurent pourtant
La sève des nuages
Et la sublime audace
De nos chapelles ardentes
Pour se convaincre que la salive
Peut conjurer la sombre
Et stridente rage
Des temps de mort.
La salive pour conjurer
La sombre et stridente rage
Des temps de morts

 

l'oeil & la plume : complainte des mendiants de la Casbah & de la petite Yasmina tuée par son père ( fragment IV )

casbah IVsépia.jpg
texte de ismaël ait djafer  1951                                                                                                      collage jlmi  2014
 

 

 

Le froid est silencieux

Le froid ne dis rien

Il tue simplement

Il tue les gens

De mort naturelle

Surtout le froid tue les pauvres gens, qui ont une paillasse

De carton pour dormir

Et du papier d'emballage

D'emballage

D'emballage

Pour se couvrir

 

Quand il a de bon matin,

Ce sacré courant d'air glacé

Qui glace la pierre et l'emballage et l'emballé

Et qui virevolte et batifole à travers

Les arcades de la Rue dela Lyre,

Charlemagne

Et qui saute à pieds-joints

Du dormeur mâle

Au dormeur femelle

Et du dormeur enfant

Au dormeur vieillard

Et du dormeur tuberculeux

Au dormeur B.C.G.

Et ainsi de suite

Pendant 500 mètres de carton et de

Papier d'emballage

Et pendant ainsi 127 arcades

Cadavérifiées

 

Avant de mourir la petite

Yasmina

Dormait déjà

Avec son petit papa

Qui l'a assassinée

Simplement

Brusquement

Avec ce geste paternel

Et pas du tout méchant

Du paysan laborieux

Consciencieux, qui sème la petite graine de

Neuf ans

Dans le sillon

Des pneus d'un gros camion qui passe

Et qui repasse

 

Lorsque l'enfant paraît...

Patati...

Et lorsque l'enfant disparaît

Patata...

 

Charlemagne,

Tu ne sais pas.

Combien, ça peut mettre

En colère

Ces tas de trucs qui font mal au coeur

Et dont tout le monde

Se fiche

Ces asiles pour courants d'air

Ces dortoirs pour souris

Ces chienschiens aux mémères

Et ces bisness in bisness

 

Je me demande, moi

A quoi ça sert

Les barrages qui barrent

Et les routes bien tracées

Et les camions qui écrasent les petites

Yasmina de neuf ans

En roulant entre les estomacs à l'air comprimé

Et les peaux en papier d'emballage.

J'étais là, quand le

Camion l'a écrasée

Et quand le sang a giclé

 

Le sang.

 

Et alors là, je ne raconte pas...

 

Je laisse aux gens qui ont déjà vu un camion

Ecraser un bonhomme et du sang

Gicler

Le privilège de se

Rappeler

 

L'horreur

 

Et le dégoût et puis la fuite lâche

Devant un cadavre

Surtout devant le cadavre d'une

Petite fille innocente

 

Et le privilège aussi

Pour les Chrétiens le Vendredi-Saint

Pour les Musulmans le Ramadhan

Pour les Juifd le Youm-Kippour

Pour les Athées les jours de cloches sonnant à toute

Volée dans la nef déserte d'un estomac affamé

Pour les Chinois les jours de pleine lune et de

Jiu-jitsu, hara-kiri.

 

De se rappeler leurs faims

Et d'en assaisonner

Ce cadavre de petite fille

 

(d'après, Editions Bouchène, Alger, 1987. N° d'édition 001/87. Dépôt légal 1er trimestre 1987. Re-publié  par le n°10 de la revue Albatroz, Paris, janvier 1994).

 

Source   http://albatroz.blog4ever.com/ismaal-aat-djafer-complaint...

 

 

08/04/2014

l'oreille d'un sourd : Eivør Trøllabundin