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12/04/2018

l'oeil & la plume... beau garçon

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texte de pier paolo pasolini                                                                                                        collage  jlmi  2014
 

 

Beau garçon était sur les berges du Tagliamento

et, content lui aussi,     son petit chien aboyait.

Le maître passe par là :        « Holà beau garçon,

je te donne cent francs        pour ton petit cœur joyeux. »

« Oui, maître, oui,          pour cent francs je te le donne,

je serai gai,         même si je ne ris pas. »

Sept mois ont passé,         le beau garçon

est sur les berges du Tagliamento, et son petit chien est couché.

Une dame passe par là,      elle aperçoit ses belles frisettes

qui brillent au soleil     telle la fleur du narcisse.

« Beau garçon, si tu     me donnes ces

boucles d’or, je te  trouveraiune place. »

« Prenez-les, madame,        c’est que nous sommes pauvres,

et même sans ces bouclettes  nous serons heureux. »

Et, tout content, il va     sur le pont du Tagliamento

porter sur son dos        ces grands blocs de ciment.

Sept mois ont passé,         le pont est achevé

mais le cœur du garçon        saigne toujours davantage.

« Que fais-tu ici à Trieste,         beau garçon intimidé ? »

« Je suis chômeur,         et je porte ma croix. »

« Donne moi ta santé,       et je te donnerai du travail. »

« Prends ma santé,        je dois après tout bien manger. »

Sonnez, pauvres cloches,        sonnez l’Ave Maria,

car le garçon s’en vient        plein de mélancolie.

Sonnez, pauvres cloches,        sonnez les Matines,

car il est désormais vieux,         le beau garçon.

 

in le testamen Coràn (1947-1952)

 

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