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20/09/2017

l'oeil & la plume... j'oublie de la regarder

la regarder.jpg
texte de gabeba baderoon courtesy biennale internationale des poètes du val-de-marne           photocollage jlmi 2013
 

La photo de ma mère à son bureau des années 50

est dans ma bourse depuis vingt ans,

le papier brunâtre se décolore,

le bord festonné s’est recourbé puis redressé.

 

Le col de sa robe est discrètement croisé.

On pourrait croire qu’on l’appelle au loin,

par l’angle que fait son cou.

 

Elle était la première de la famille à prendre

le bus de Claremont

qui monte la colline pour se rendre à l’université.

 

A un moment pendant les cours à l’école de médecine,

les étudiants noirs devaient ranger leurs affaires, se lever 

et quitter l’amphithéâtre en longeant les rangées de pupitres.

 

Derrière la porte close, lors d’une autopsie,

les étudiants noirs n’étaient pas censés voir

la peau blanche mise à nue et découpée.

 

Sous le couteau, sous la peau,

mystère de la ressemblance

 

dans un monde qui définissait comment noir et blanc

pouvaient se regarder l’un l’autre, se toucher,

ma mère regarde en arrière avec un aplomb intact.

 

Chaque fois que j’ouvre ma bourse,

elle est là, si familière que j’en oublie

de la regarder.

 

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