Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

14/02/2018

l'oeil & la plume... des gouttelettes de vie dans ma main pleine de morve

licenciement04b4.jpg
texte de bruno toméra                                                                                                                     collage  jlmi  2013
 

 

Je marche à ses cotés

Elle tient contre son cœur

Contre sa blouse tachée de terre

Une lettre chiffonnée

On dirait un clown avec ses pompes de sécurité

Elle pleure ça lui fait un nez en compote

C’est tout mélangé

Elle pleure, elle ne sait plus qui elle est

Elle ne veut plus savoir qui elle est

Elle trébuche sur elle-même

Elle s’effondre sur son ombre

Elle s’abat contre mon ombre

On se regarde dans ce miroir inversé

Et puis les mots l’apaisent

Et puis les mots la grandissent

Et puis les mots la soulèvent

Elle a le visage badigeonné

On a pas de mouchoir

Je prends la lettre de licenciement

Et lui essuie le nez et lui dis

"Mouche toi et crache là-dedans

C’est tout ce que ça vaut."

 

13/02/2018

l'oeil & la plume... la plus drôle des créatures

scorpion02.jpg
texte de nazim hikmet  courtesy biennale des poetes                                                                     collage  jlmi  2013
 

Comme le scorpion, mon frère,
tu es comme le scorpion
dans une nuit d’épouvante.
Comme le moineau, mon frère,
tu es comme le moineau
dans ses menues inquiétudes.
Comme la moule, mon frère,
tu es comme la moule
enfermée et tranquille.
Tu es terrible, mon frère,
comme la bouche d’un volcan éteint.
Et tu n’es pas un, hélas, tu n’es pas cinq,
tu es des millions.
Tu es comme le mouton, mon frère,
quand le bourreau habillé de ta peau,
quand le bourreau lève son bâton
tu te hâtes de rentrer dans le troupeau
et tu vas à l’abattoir en courant, presque fier.
Tu es la plus drôle des créatures, en somme,
plus drôle que le poisson
qui vit dans la mer sans savoir la mer.
Et s’il y a tant de misère sur Terre
c’est grâce à toi, mon frère,
Si nous sommes affamés, épuisés,
si nous sommes écorchés jusqu’au sang
pressés comme la grappe pour donner notre vin,
irai-je jusqu’à dire que c’est de ta faute ? Non,
Mais tu y es pour beaucoup, mon frère.

 

in C’est un dur métier que l’exil,

adaptation française Charles Dobzynski, Le Temps des Cerises,  1999

12/02/2018

l'oeil & la plume... illumi-né

adnmotsenfantcontrast2.jpg
texte de cathy garcia                                                                                                          collage  jlim  2013
 

 

Et je vous dis encore

Attendez un peu

Attendez qu'on soit mort

Écoutez un peu

Nous n’avons pas dit notre dernier mot

N’avons pas tiré notre chapeau

La vie c'est plus que ça

Beaucoup, beaucoup plus que ça

Ça commence bien avant

Et ça ne finit jamais

Nous ne sommes jamais plus vivants

Que lorsque nous ne sommes pas nés

Alors attendez

Attendez encore un peu

Il y a des choses qu'il faut savoir

Approchez, approchez

C'est encore mieux

Pour comprendre l’histoire

Derrière le message

Il y a la signification

Et après le message

Il y a l’interprétation

Le verbe est une spirale

L'ADN est une spirale

Ce qu'on avale nous avale

Tout ça me parait normal

Il y a un point

Où tout s'annule

Après ce point

Tout s'accumule

Attendez ne partez pas !

Attendez ! Écoutez-moi !

S'il vous plaît

Attendez, encore un peu

Vous n’êtes pas encore nés.

 

cg in Trans(e)fusée paru chez Gros textes en 2014